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mardi 26 novembre 2019

Haïti, comme dans un puits sans fond, s’enfonce dans le chaos.

 
Haïti: Un descente aux enfers dans l'indifférence mondiale
Un fait divers – terrible- propulse pour quelques heures, « l’espace d’un scillement » Haïti à la une de nos infos. 
Un couple de français, à peine arrivés à Port-au-Prince où ils venaient rencontrer un enfant qu’il se proposaient d’adopter, en toute légalité et après un long processus, ont été assassinés au coin de la rue. Par des voleurs. Pour pas grand-chose. 
C’est horrible. 
Comme l’est la situation en Haïti depuis des mois. Péyi lòk : Le pays est bloqué. Depuis février, les haïtiens qui pensaient avoir touché le fond, découvrent qu’il y a encore plus profond que le fond. Duvalier, Aristide, les militaires, le tremblement de terre, le choléra, le cyclone Matthew, les narcotrafiquants, la corruption de leurs dirigeants. Et la goutte d'eau qui a fait déborder le vase ( façon de parler, il y a bien longtemps qu’il n’y a pas d’eau courante à Port-au-Prince ) les révélations sur le dernier Président élu Jovenel Moïse. Lui aussi a détourné l’argent de l’aide destinée au pays. 3,8 milliards de dollars disparus dans ses poches et celles de ministres et de sénateurs. 
Mais il ne veut pas démissionner. 
Alors “Peyi lok”. Plus d'essence. Plus de nourriture. Plus de médicaments. Plus d’importations. Des bandes de voleurs règnent sur les rues et les routes. Ils rançonnent, ils caillassent les voitures. Pillages des bâtiments officiels , magasins attaqués, des dizaines de morts, des manifestations mais le Président ne bouge pas. De toute façon, il n’y a plus d’Etat. Symbole du désespoir absolu de la population, certains regrettent même la dictature, des Duvalier, et appellent au retour de François-Nicolas, le petit-fils…
Les haïtiens crèvent la gueule ouverte , mais dans l’indifférence mondiale générale. À  1 heure de vol de Miami, dans l’indifférence des Etats-Unis. Car contrairement aux années 70-80, Haïti n’est plus considérée comme une dictature, donc les haïtiens ne peuvent plus revendiquer un statut de réfugiés politiques. Et ils s’enfoncent. Dans l’indifférence de leurs « élites » aussi. Totalement américanisée, la bourgeoisie haïtienne a un pied en Floride, un autre à Kenscoff ou Furcy, ces villages qui dominent Port-au-Prince et où leurs villas ont antennes satellites, citernes, groupes électrogènes et gardes armés autour de hauts murs. Et puis ils sont « citizen », citoyens amércains, et ça dans le pays le plus pauvre des Amériques, ça n’a pas de prix. 
Je lis régulièrement sur Facebook le journal qu’écrit presque quotidiennement Jean-Marie Théodat un géographe, professeur d’urbanisme qui a décidé de quitter Paris et de retourner dans son pays d’origine, après l’épouvantable tremblement de terre de 2010. Il décrit la vie quotidienne, la peur de manquer de vivre, la peur de sortir dans la rue, «  Deux semaines que nous sommes enfermés comme des fauves en cage. La rue appartient aux brigands et aux casseurs, aux plus désespérés qui ont choisi d’en découdre par la voie violente. La peur est là, un débordement inutile de sang alors que nous pourrions trouver une issue dans la dignité. Ceux qui se risquent à sortir sont obligés de raser les murs. Difficile dans ces conditions de ne pas accuser le coup. Je n’ai plus de pâtes, le pain est rassis, je le délaye dans de l’eau… ». Jean-Marie Théodat écrit et décrit avec beaucoup de proésie en français et aussi en créole et aussi en dessins la descente aux enfers d’Haïti, d’Ayiti. . « Je n’ai point peur, mais je ne me sens pas à l’abri. On peut se prémunir contre les cyclones et les séismes. Rien contre la bêtise ».

mercredi 23 novembre 2016

Haïti, des élections, malgré tout.

Et soudain du chaos surgit tant de poésie !
Haïti vient enfin de voter pour des élections présidentielles qui auraient déjà dû se tenir il y a ... des mois. Mais la violence, la corruption, les catastrophes, les divisions, un cyclone, rien n'a été épargné à ce pays de rien du tout qui vit toujours dans la mémoire de ses ancêtres. Il y a deux cents ans, les esclaves de Saint-Domingue, la plus riche colonie de toutes les colonies françaises ont eu l'arrogance de se soulever et dans un monde blanc, européen, dominé par le système esclavagiste de revendiquer "Liberté, égalité, Fraternité". En cela les haïtiens sont nos frères en Révolution. Mais notre fraternité s'est arrêtée là. Et depuis, l'histoire d'Haïti semble n'avoir été qu'une suite de malheurs. Haïti pays maudit.
Mais ce n'est pas exact. Haïti n'est pas un pays maudit, mais d'abord un pays puni. Puni pour avoir été "la Première République noire", pays mis au banc des nations pendant près d'un siècle pour avoir cru le premier que tous les hommes naissaient libres et égaux en droit, pas seulement les blancs, mais aussi les noirs. 
Puni aussi, pour n'avoir jamais eu d'autre ambition que celle d'être libre, indépendant, désarmé, fragile donc ouvert à toutes les dominations, celle des américains bien sûr. "Si loin de Dieu , si près des Etats-Unis". Celles des mafias de toutes sortes aujourd'hui. 
Et pourtant du fond de l'abîme où ils semblent s'enfoncer chaque année un peu plus, les haïtiens trouvent encore la force de rebondir, de créer, de composer. 
Même si cela ne nourrit pas son homme, il semble que depuis l'indépendance en 1804, Haïti soit habitée par une incroyable flamme créatrice.  
Dans les années 1940, Port-au-Prince la capitale recevait les plus grands écrivains, les plus grands intellectuels, de grands romanciers y étaient publiés, ainsi que des journaux brillants, des revues de poésie. Même si cela a été dévoyé, détourné par des dictateurs sanguinaires et sans scrupule comme Duvalier, le peuple haïtien semble toujours habité par la conscience d'être les enfants des combattants de la Liberté, de l'indépendance,Toussaint, Dessalines.  
Ayiti, sé manman libeté. Haïti c'est la mère de la Liberté. Ça paraît bête et pourtant cela semble lui donner une force stupéfiante .
Que ce soit en créole ou en français - et bravo à l'Académie française d'avoir accueilli enfin Dany Laferrière, d'origine haïtienne - le sens de la poésie, le goût pour la belle langue des haïtiens est bluffant. 
En musique il y a bien sûr les grosses machines du kompa haïtien et de ses variantes américanisées. Mais il existe aussi toute une tradition de troubadours, de petits musiciens poètes, crèves la faim , traines guenilles  qui avec une guitare, ou un banjo ou un mannouba - quelques lamelles de métal fixées sur une caisse - reprennent , inventent des aubades d'une grande poésie, parfois pleines d'humour et de malice, parfois "coquines", le plus souvent triste ou plutôt emplies de "saudade", de la nostalgie de temps heureux ou de paradis perdus. A l'image d'un Ti-Paris, dont le seul notice sur Wikipedia dit "Achile Paris Ti Paris est musicien, auteur, compositeur, troubadour. Il est né à Jacmel en 1933 et y est mort en 1979." 
A 48 ans, de pauvreté, dans l'indifférence générale.  
Et de génération en génération, ce goût pour la poésie, cette créativité qui touche d'ailleurs tous les domaines, se transmet. Et même si on le sait, chaque nouvelle découverte est toujours aussi émouvante. Et qui est sans doute lié à cette aspiration pour la justice et liberté qui semble chevillé au corps des haïtiens envers et contre tout . Et qui vient encore de se manifester ces derniers jours avec le déroulement dans le calme, mais dans des conditions matérielles dramatiques, d'élections présidentielles repoussées depuis un an. Au milieu des ruines laissées par le dernier cyclone, le dernier tremblement de terre, dans la boue, la poussière, les fatras, les ordures, la corruption, le choléra, la violence, croire encore à la démocratie et aux élections, bravo !
Et résonne la musique d'un BélO et des ses amis, qui tracent leur route depuis quelques années et qui chante Wozo: Roseau. "Ayiti tu es manman Libété. Nous sommes des roseaux, nous plions, mais ne rompons-pas!  Quelle incroyable confiance en l'avenir!
Nous vivons une e-poque formidable.

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