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dimanche 25 août 2019

A qui appartient l’Amazonie ? Bonne question, mais qui la pose et qui y répond ?

Notre maison brûle; Oui mais surtout en Afrique !
L’Amazonie a donc été invitée au G7. Habillé en géant vert, Emmanuel Macron en a fait son cheval de bataille sur le thème : Notre maison brûle ! 
Espérons que cette formidable image, lancée par Jacques Chirac, sera suivie d’un peu plus d’effets qu’à l’époque…en 2002 ! 
Les incendies en Amazonie sont effectivement dantesques, mais ils ne sont en rien un phénomène nouveau. Chaque année des dizaines de milliers d’hectares sont ainsi défrichés, ou plutôt nettoyés à la saison sèche, en utilisant la technique des indiens, celle de la culture sur brûlis, une technique que l’on retrouve aussi en Guyane, pour faire son « abattis » son champ de cultures vivrières. 
Évidemment, on est loin des techniques traditionnelles quand ce sont des incendies provoqués et attisés par les intérêts de l’agrobusiness, dont on sait à quel point ils sont liés au Président brésilien. On accuse donc Bolsonaro, comme si par sa seule Présidence il avait mis la forêt en feu. Mais accuse-t-on Justin Trudeau pour les incendies catastrophiques de 2017 et 2018 au Canada ? Ou Vladimir Poutine pour les incendies également catastrophiques en Sibérie ? 
Emportés par l’émotion, par la mauvaise conscience, le « sanglot de l’homme blanc », nous en oublions la réalité, rappelée par ces cartes publiées par la NASA. En ce moment, c’est l’Afrique centrale et de l’Est qui brûle, beaucoup plus que l’Amazonie. La pauvreté, ne serait-ce pas cela la principale menace pour notre planète ? 
Sommes-nous les mieux placés pour demander des comptes aux brésiliens sur leur manière de gérer leur forêt. Au nom de quoi ? Du droit d’ingérence écologique ?  Parce que l’Amazonie appartiendrait à l’humanité ? Comment refuser à ces pays la possibilité d’exploiter leurs ressources naturelles, alors que notre richesse actuelle est le résultat de bien pire. Par exemple, pendant 3 siècles, en colonisant les immenses terres vierges d’Amérique du nord, massacrant les indiens, décimant les bisons, défrichant les sols jusqu’à les transformer en poussière comme dans les années 1930 dans le fameux dustbowl en Oklahoma. Rendez les États-Unis et le Canada aux « peuples autochtones » ? 
Et puis « charité bien ordonnée commence par soi-même » et pour nous français, cela devrait commencer par la Guyane. A qui appartient ce territoire vaste comme le Portugal ? Et qui est « autochtone » en Guyane ? Les seuls indiens ? les populations noires marrons ? Les « créoles », les descendants d’esclaves déportés depuis l’Afrique, les nouveaux immigrants, venus d’Haïti, du Brésil voire même d’Asie ? Qui doit décider de mettre sous cloche ses ressources au nom de la conservation de la forêt ? et comment peut-on la protéger des appétits de pays infiniment plus peuplés comme le Brésil dont les clandestins viennent exploiter illégalement et sans respect de l’environnement, ses réserves en or ? 
Essayons d’abord de répondre à ces questions qui nous concernent au premier chef. Avant de demander des comptes à un Président brésilien, qui bien sûr, en dehors de ses rodomontades, démontre tous les jours qu’il n’est pas à la hauteur. C’est d’ailleurs ce que commencent à penser de plus en plus de brésiliens qui avaient voté pour lui par exaspération anti-élites, anti-corruption, anti-désordre. 
La démocratie, la bonne gouvernance, la corruption, le développement, la lutte contre la pauvreté et les inégalités croissantes : il est moins facile d’apporter des réponses à ces questions brûlantes. Et pourtant, elles sont en grande partie à l’origine des feux en Amazonie. 

dimanche 7 octobre 2018

Elections au Brésil : Samba, futebol et eleições

Le candidat d'extrême-droite enlève de la devise du Brésil le mot progrès pour ne garder que ordre ( ©-Romée-de-Saint-Céran-pour-LIncorrect)

Samba ! foot ! Rio ! Copacabana ! Sur le Brésil nous n’avons le plus souvent que des clichés. Pas forcément négatifs, mais complètement folkloriques. Comme ceux selon lesquels au Brésil, la misère serait moins triste parce qu’au soleil ! Ou qu’il suffirait d’un match de futebol, un air de samba ou les courbes d’une moça au corpo dorado pour qu’ils oublient leurs soucis. Un peuple joyeux et futile, quoi !
Mais, bidon, bidon, bidonville, vivre là-dedans c’est coton, comme chantait Nougaro. Après avoir eu l’illusion qu’ils allaient tourner la page du sous-développement, les brésiliens sont allés de désillusions en désillusions. La pauvreté est toujours là ; Les favelas sont tout sauf des destinations touristiques ; Et la violence fait plus de 54 000 morts par an, c’est le record du monde. Tous les facteurs sont réunis pour arriver à cette violence qui pourrit la vie quotidienne. Les mafias et les narcos, bien sûr, les inégalités criantes, le racisme encore - Au fait combien de noirs au gouvernement dans un pays où la moitié de la population est noire : zéro ! - mais aussi la corruption généralisée dans la police, l’administration, les affaires. C’est un des principaux freins au développement du pays. Mis en évidence par les chantiers de la Coupe du monde et des JO qui ont été l’occasion de détournements colossaux. 
Mais c’est ce que n’accepte plus la population. Et c’est cela le grand changement. Le Brésil a plus changé en 30 ans qu’en un siècle. Bien sûr la démocratie brésilienne est imparfaite, clientéliste, corrompue, contestée, mais elle a apporté les libertés, de la presse, de la Justice. Et les juges ne s’en sont pas privés pour mener l’opération « lava jato », nettoyage express, et tenter de nettoyer la classe politique et les milieux d’affaires. Même l’ancien Président Lula dort en prison, et combien d’anciens ministres ou députés … Et puis, même si beaucoup ont le sentiment de perdre à nouveau pied socialement, il y a eu quand même l’émergence des classes moyennes, l’espoir nouveau pour des dizaines de millions de brésiliens que leurs enfants fassent des études, sortent de la pauvreté : Les brésiliens d’aujourd’hui ne sont plus prêts à tout accepter sans broncher. 
Cela les conduira-t-il à choisir un candidat caricatural comme Jair Bolsonaro, le Trump tropical ? Ce n’est pas sûr, même si Fernando Haddad l’autre candidat qui devrait également arriver au second tour dans 3 semaines, n’a ni le charisme, ni la popularité de l’ancien Président Lula - empêché car en prison - dont il est l’ersatz, la marionnette diront certains. 
En fait, les brésiliens sont plutôt desafinados, désenchantés. Déjà il y a 50 ans, Antônio Carlos Jobim chantait à propos du carnaval : La tristesse n’a pas de fin, le bonheur si ! Le bonheur du pauvre est la grande illusion du carnaval(…). 
L’hymne national brésilien proclame : Géant par ta propre nature,(…)  ton avenir reflète cette grandeur
Beaucoup de brésiliens trouvent qu’il serait temps que le présent, leur présent reflète la grandeur de leur pays. 




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