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dimanche 21 février 2016

Europe : Mariage de raison ou divorce à l’anglaise ?

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Quand on n'a que l'amour...

Nous voilà suspendus au bon vouloir de nos « amis » britanniques.
Pendus, serait peut-être plus juste, tant on sent bien, malgré tous les communiqués officiels de victoire, que  l’Europe, notre Europe va sortir affaiblie de ce nouveau round de négociations, de concessions aux Britanniques. Tout est bloqué ou presque, jusqu’au 23 juin, date du référendum. Face aux défis que nous pourrions relever unis, face aux crises que nous devrions affronter unis, nous allons rester au mieux immobiles, au pire dispersés, en rejetant sur les autres la faute de nos soucis.
C’est la faute aux Grecs si nos frontières sont mal gardées. Dîtes donc gros malins, comment ferions-nous si 1 millions de personnes débarquaient en canots sur les plages des Catalans ou de Saint-Cyr sur Mer ? Que ferions-nous s’il n’y avait pas avant la Corse, l’Italie, l’Espagne, la Grèce pour faire tampon face à toute la misère du monde ? Nous enverrions le Charles De Gaulle pour couler les migrants ?
C’est la faute aux espagnols si notre agriculture marche mal, si nos porcs se vendent moins bien et puis, c’est la faute aux allemands, dont les diktats économiques ruinent nos entreprises, si nos PME sont dix fois moins nombreuses que chez eux, si l’apprentissage y est 4 fois plus développé et si leurs machines-outils se vendent dans le monde entier. C’est dégueulasse que, même après le « scandale » des tests truqués, le monde préfère les grosses « Benz » aux berlines Renault.
Et puis surtout, surtout, c’est la faute à Bruxelles. Bruxelles , c’est le responsable de tous  nos maux, l’être maléfique qui veut nous empêcher de vendre nos fromages au lait cru, le coupable de nos impôts trop élevés, le coupable idéal, puisque Bruxelles ne peut se défendre. Quel malin ce Cameron : « Je n’aime pas Bruxelles, j’aime la Grande-Bretagne ». Il est sûr qu’aucun bruxellois ne lui balancera un scud.  Imaginez un peu l’inverse : Un Président français qui irait à Londres ou à Berlin, et dirait : « Je n’aime pas Londres, j’aime la France ».
Et d’ailleurs ce qui manque aujourd’hui c’est l’envie, c’est l’amour.
Après 40 ans de franquisme, et d’isolement, les espagnols brulaient d’envie de rejoindre l’Europe.
Après 40 ans de rideau de fer, d’occupation par les Soviétiques,  Lettons, Polonais, Tchèques, Roumains faisaient rimer Europe avec liberté.
Il y avait de l'envie, du désir d'Europe.
Bien sûr, il y a des exceptions: Les Suisses, qui sont une sorte de super-Monaco, les montagnes, les vaches, l'industrie pharmaceutique et chimique  en plus, le Prince en moins. Mais ils sont quand même dans Schengen. Il y a aussi les Norvégiens. Grâce à leur pétrole, ils se prennent pour des émirs, les fjords en plus, les « abayas », les burkas en moins, et n’ont pas voulu du mariage. Ce qui ne les empêche pas d’être européens, non ? 
Quant aux Anglais, pardon aux Britanniques,  ils ont bien voulu du mariage, mais en faisant chambre à part. Aujourd’hui, ils veulent faire maison à part, et pouvoir aller flirter avec qui ils veulent. Mais on sait bien ce qui arrive lorsqu’il n’y a plus de désir dans un couple et qu’il ne reste plus que les conventions. Rester marié a-t-il encore du sens ?
Bien sûr, il faudrait résister à la tentation du ras-le-bol et du « Qu’ils partent ! » Parce que sur le plan économique, sur le plan politique, quelque soient les difficultés actuelles, nous avons tous à gagner d’une Union européenne AVEC la Grande-Bretagne.
Mais ces raisons, la seule Raison, ne peuvent se substituer à l’absence de désir. Pour aimer, il faut être deux. Or il semble bien qu’une majorité de britanniques n’aient plus envie de nous et vont choisir le divorce.
Au lieu de faire l’autruche et de faire comme si cela n’arrivera pas, nos dirigeants devraient s’y préparer, nous y préparer. Espérons que le plan B, comme Brexit est en train d’être peaufiné entre Paris, Berlin, Bruxelles, et Rome. Et dans ce plan B, devraient figurer non seulement des mesures, économiques, des annonces sur les quotas, les taux d’intérêt, la fiscalité, mais aussi comme l’écrivait Umberto Eco, sur la culture et l’amour. Umberto Eco, grand écrivain italien et profondément européen, qui vantait le succès des échanges « Erasmus »: « Erasmus a créé la première génération de jeunes Européens. Pour moi, c'est une révolution sexuelle : un jeune Catalan rencontre une jeune Flamande, ils tombent amoureux, se marient, et deviennent européens, comme leurs enfants. Ce programme devrait être obligatoire, pas seulement pour les étudiants mais aussi pour les taxis, les plombiers, les ouvriers. Ils passeraient ainsi un certain temps dans les pays de l'Union européenne, pour s'intégrer ».
Remettre un peu d’amour, un peu de supplément d’âme dans la construction européenne, nous faire bander pour l’Europe : Hollande ou Merkel en sont-ils capables ? Ca craint…
Nous vivons une e-poque formidable.

vendredi 8 mai 2015

Grande-Bretagne: Victoire des conservateurs, mais Royaume désuni ?


De Gaulle: L'Angleterre toute nue!
On prédisait la fin du bipartisme en Grande-Bretagne, une poussée de l’extrême-droite, « premier parti » après les élections européennes (Tiens, tiens, cela ne vous rappelle pas un autre pays ?), une défaite des conservateurs de Cameron, un pays ingouvernable.
Et c’est l’inverse qui s’est produit.
Mais le raz-de-marée conservateur n’annonce pas forcément des jours paisibles pour le Royaume-Uni. Ni pour l’Europe.
D’abord parce qu’il faut pondérer le succès électoral par l’impact d’un mode de scrutin, qui, en comparaison avec le système électoral français, ressemble à de la guillotine: Pas de proportionnelle, au contraire. Un seul tour, et c’est le candidat arrivé en tête qui est élu, même s’il ne gagne que de quelques voix! Les conservateurs ne sont pas majoritaires en suffrages, mais un recul de quelques pourcents de leurs adversaires et c’est la débâcle. L’extrême-droite Ukip, qui obtient plus de 10 % des voix, n’aura qu’un ou deux sièges.
Les travaillistes perdent aussi à cause du raz de marée nationaliste en Ecosse. Mais la aussi, les nationalistes raflent presque tous les sièges pour le Parlement… à Londres – quel paradoxe !- alors qu’ils ne sont ni majoritaires et qu’ils viennent de perdre le référendum sur l’indépendance.
Pour gouverner à Londres, Cameron n’aura pas besoin de tenir compte des nationalistes. Mais il sera prisonnier d’une des promesses qui lui a permis de gagner: Le référendum sur la sortie de l’Europe. Ce qui risque d’accentuer les désaccords entre des anglais qui voudront peut-être en majorité sortir de l’Europe et des Ecossais qui veulent y rester. La victoire d’aujourd’hui porte en elle-même des perspectives de désunion du Royaume-Uni qui devraient tous nous inquiéter.
En cas de « Britain-Exit » de « Brexit », de sortie de l’Europe, la Grande-Bretagne en serait donc chamboulée. Y compris son modèle économique, puisque les grandes banques et sociétés financières ont déjà annoncé qu’elles quitteraient Londres pour aller s’installer sur le continent. Quant au reste de l’Union Européenne, quant à nous… ce serait le saut dans l’inconnu.
Pour le meilleur ? Peut-être.
On prêtait au Général De Gaulle, opposé à l’entrée de la Grande-Bretagne dans la Communauté Européenne, la phrase « L’Angleterre, je la veux bien, mais je la veux toute nue ».  Expression qu’il a toujours niée. Sur la forme. Mais sur le fond,  De Gaulle expliquait : « Il est possible qu'un jour l'ANGLETERRE se transformera elle-même suffisamment pour faire partie de la Communauté européenne, sans restriction et sans réserve et de préférence à quoi que ce soit. Il est possible aussi que l'ANGLETERRE n'y soit pas encore disposée. Mais si c'est le cas, il n'y a rien là qui puisse être dramatique ».
50 ans plus tard, cette analyse est toujours d’actualité.
Nous vivons une e-poque formidable.

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