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dimanche 10 novembre 2019

BERLIN, le mur : 30 ans déjà : Une fois le mur tombé tout est allé très vite.

Direct depuis la porte de Brandebourg... quelle Histoire !

Par Pierre Thivolet, ancien correspondant de TF1 en Allemagne

Tout est allé très vite. 
Une fois le mur ouvert, tout s’est enchaîné, prenant de court les dirigeants politiques de l’Est comme de l’Ouest jusqu’à la chute du régime communiste, et la réunification.
Début décembre 89, certains pensaient encore qu’il y aurait deux Etats allemands qui se rapprocheraient progressivement. Les militants des droits de l’Homme, plutôt de gauche, qui s’étaient battu contre le régime, notamment autour de pasteurs protestants à Dresde, à Berlin, croyaient que leur pays, la RDA, créerait une troisième voie entre communisme et capitalisme. 
Mais fin décembre, tout était réglé. 
En fait notre société de consommation ne fit qu’une bouchée de la société est-allemande. En caricaturant, c’est le pouvoir d’attraction des bananes – ce fruit symbolisait pour les allemands de l’Est où il était très rare, le luxe et l’opulence - qui a fait tomber le communisme. A tel point que les allemands de l’Ouest se mirent à baptiser l’Allemagne de l’Est « Bananenrepublik » un jeu de mots pas très sympa entre République bananière et République des Bananes. 
Le 19 décembre 89, quand le chancelier Helmut Kohl s’est rendu pour la première fois en RDA, à Dresde, la foule ne scandait plus Wir sind das Volk, mais Wir sind ein Volk. Nous sommes un seul peuple, et : Nous voulons le Deutschmark !
C’est là devant une foule immense au milieu des ruines de l’Eglise Notre-Dame qu’Helmut Kohl et ses conseillers ont réalisé qu’il n’y avait plus qu’un scénario possible : La réunification. 
Berlin-Ouest était jusque là enfermée par ce mur qui non seulement la séparait de Berlin-Est mais également du reste de son arrière pays, le Brandebourg. Le mur passait au milieu des lacs, des rivières, des forêts. Très vite au printemps nous avons pu circuler de plus en plus librement, aller passer le dimanche au bord d’un des innombrables lacs du Mecklembourg, assister à un concert un soir dans les jardins des châteaux de Postdam. Rendre visite à des amis est-allemands dans leur « datcha », un petit chalet sans eau ni électricité, au milieu des pins, qui était un des rares petits luxes de beaucoup d’allemands de l’est, leur jardin secret où ils se retrouvaient en famille ou entre amis très proches .
Au début les garde-frontières nous contrôlaient encore. A partir de l’été, c’est à peine s’ils regardaient nos passeports. 
Et puis ce sont les Audi et Mercédès qui ont remplacé les Trabant.
Et puis les magasins à l’est qui ont commencé à fermer puis à rouvrir sous les couleurs d’enseignes ouest-allemandes,
Et puis ce sont les produits est-allemands qui ont disparu d’un coup , et puis nous nous sommes aperçus que c’est un pays entier qui avait disparu. 
La Pologne, la Hongrie, même la Tchécoslovaquie qui s’est divisée, sont restés des pays. La RDA doit être le seul cas dans l’histoire récente d’un pays qui disparaît totalement. 
30 ans plus tard, je suis bluffé par la manière dont l’Allemagne de l’Est a été transformée. Partout les routes ont été reconstruites, la fibre optique, les éoliennes et le solaire, tous les bâtiments ont été restaurés ou reconstruits superbement. 
Dresde, qui était encore un champ de ruines il y a 30 ans, Weimar, Schwerin, les stations balnéaires de la côte Baltique sont devenues des villes superbes.
Et c’est chaque fois une émotion intense de revenir à Berlin. Se balader Place de Paris devant la porte de Brandebourg qui a retrouvé sa fonction de Porte alors que je l’avais connu isolée au milieu du no man’s land. Se promener le long de la Spree entre la nouvelle chancellerie et le vieil hôpital de la Charité jusqu’à l’île aux musées. A chaque fois, on se pince : Le mur passait là, et ici , et là encore. 
Se promener jusqu’à la grande synagogue de la rue Oranienburg, incendiée par les SA pendant la nuit de cristal de 1938. Un 9 novembre, quelle ironie de l’Histoire. Vergesst es nie. N’oublie jamais est-il inscrit sur la façade. Un peu plus loin toujours dans le vieux Berlin qui se situait côté est, la rue Sophie et cet immeuble laissé détruit et à la place des appartements , des plaques qui rappellent qu’ici habitait telle famille- juive- déportée en 1940, là telle autre, disparue en 1941, avec leurs noms, le nom des enfants.
Partout à Berlin on se heurte à l’Histoire, heureuse comme la chute du mur, tragique comme le nazisme, l’holocauste, la guerre. 
Quand on a partagé ces moments d’Histoire avec les berlinois, avec les allemands, il est difficile de ne pas conserver « einen Koffer in Berlin », une valise à Berlin. Comme le chantait Marlene Dietrich
« J'ai encore une valise à Berlin,
c'est pour ça que j'y retournerai bientôt.
Dans ma petite valise, il y a
toutes les nostalgies des temps passés ».

Et l’on écoute Marlene Dietrich…







mercredi 6 novembre 2019

Berlin, le mur : 30 ans déjà. En Hongrie, une brèche dans le rideau de fer.

Souvenirs de la fuite vers l'ouest  
En fait quand on y repense c’est en Hongrie que le mur de Berlin a commencé à se fissurer. 
A Hegyeshalom exactement. 
Franchement ce gros village ne vaut pas le détour, si ce n’est que c’est le point de passage entre la Hongrie, et pratiquement se touchant l’Autriche et la Slovaquie. Et que c’est là que le 2 mai 1989, le gouvernement hongrois- pourtant à l’époque toujours communiste - avait décidé de mettre en scène le premier démantèlement du « rideau de fer ». Gros plan sur des militaires découpant les barbelés devant nos caméras avec des pinces monseigneur !
Je me souviens très bien d’une question d’un confrère, Pierre Haski : « Mais que ferez-vous quand des ressortissants d’autres pays de l’Est  voudront passer à l’Ouest ? » Silence gêné des autorités. 
Quelques semaines plus tard, les allemands de l’Est répondaient à cette question : La nouvelle s’était répandue dans toute la RDA : On peut s’enfuir par la Hongrie. Car il était possible aux allemands de l’est de voyager librement dans ce pays-frère. 
D’abord, des dizaines, puis des centaines tentèrent le coup, passant de la Hongrie à l’Autriche, donc à l’Ouest, sans être empêchés par les garde-frontières. 
Jusqu’au 19 août 1989, où un « pique-nique », organisé à la frontière par le parti autrichien paneuropéen d’Otto von Habsbourg s’est transformé en fuite à l’Ouest de milliers de « vacanciers » est-allemands. 
Dans la ruée vers la liberté, ils abandonnaient tout derrière eux. Dans la bousculade, un jeune père, sa femme, sa fille, avec comme seuls bagages, un sac à dos, s’étaient retournés vers nous, une fois à l’Ouest, et dans un grand éclat de rire, nous avaient donné la plaque d’immatriculation « DDR » « République Démocratique Allemande » qu’ils avaient dévissée sur leur Trabant, leur voiture abandonnée. Une plaque que j’ai conservée jusqu’à aujourd’hui.
A Berlin-Est, le gouvernement ne savait plus quoi faire. 
Aujourd’hui, en Hongrie, on réinstalle des barbelés, au sud à la frontière avec la Hongrie, par peur d’une invasion de migrants. 

Et l’on écoute Udo Lindenberg, le chanteur ouest-allemand qui s’était rendu très populaire à l’époque, avec cette chanson plutôt humoristique : « Sonderzug nach Pankow »… « Train spécial pour Pankow »,  la résidence du dirigeant communiste Erich Honecker, au nord de Berlin.


jeudi 6 novembre 2014

BERLIN : Le soir où le mur n’est pas tombé 4/7 : Bananen Republik – La République des bananes

La banane, symbole de la faillite économique de la RDA
Par Pierre Thivolet, ancien correspondant de TF1 en Allemagne

« Warum, warum ist die Banane krumm ? » « Pourquoi la banane est-elle tordue ? ». 
La banane semble être chez les allemands l’objet de tous les fantasmes– allez savoir pourquoi ? - Et cette phrase est connue comme une sorte de comptine par tous les petits enfants. Peut-être parce que malgré tous les mérites du génie allemand, les bananiers n’ont pas encore pris racine sur les bords du Rhin. 
Mais dans l’ancienne RDA, les bananes étaient en plus le symbole du luxe, de l’opulence, le symbole de toutes les pénuries. 
J’ai effectué mon premier reportage en Allemagne de l’Est en 1987. Ce n’était pas une mince affaire à organiser. Il fallait négocier pendant des semaines avec une direction d’un ministère s’occupant de la presse étrangère, s’entendre sur un itinéraire, des lieux à visiter, des personnes à interviewer. Pas question de se pointer comme cela dans une rue et tendre son micro. Et puis l’on vous imposait des hôtels, toujours les plus chers évidemment, des entreprises ou des expositions  que le régime considérait être des vitrines de la réussite économique du pays. Et qu’importe si nous parlions allemand, nous étions obligatoirement accompagnés par une interprète ( je précise bien, une), souvent l’épouse d’un diplomate qui avait été en poste ( conseiller militaire ?) à Alger ou Conakry… Même si la langue de bois était de rigueur,  on apprenait au fil du voyage, que lorsqu’elle avait été en poste à l’étranger avec son mari, leurs enfants devaient rester en Allemagne de l’Est... Et c’était curieux de voir comment, à chaque fois que nous faisions une pause, elle se précipitait pour téléphoner: Compte-rendu obligatoire à ses chefs sur les activités des journalistes étrangers.
Nous en avons fait des Hôtels : Metropole, Kongress ou Palast,  ou des restaurants: Spoutnik ou Gagarine: La classe internationale, le haut de gamme, payables en devises de l'Ouest. En fait tous étaient plus miteux les uns que les autres. Les cartes des restaurants étaient partout les mêmes, avec des spécialités comme le « vol-au-vent », en français dans le texte, et le champagne est-allemand, « Rottkäppchen » » Petit chaperon rouge » qui vous rendait malade pour la soirée. 
Les complexes industriels, les « kombinat », les « VEB »  étaient terrifiants de rouille et de pollution. Le pire sans doute: Les mines de lignite à ciel ouvert, avec leurs énormes excavatrices qui avalaient des régions entières avec forêts, champs et villages, dévastant tout le sud-est du pays, autour de Cottbus, près de la frontière polonaise. Et partout ces successions d’HLM, préfabriquées en mauvais béton, ces énormes tuyaux de chauffage qui longeaient toutes les rues au-dessus des trottoirs. Et à partir du mois d’Octobre, tout le pays était recouvert d’un brouillard jaunâtre, la pollution due au lignite, ce mauvais charbon, dont la RDA était un des premiers producteurs au monde. Même Berlin-Ouest en était couvert, puisque cette pollution était une des rares choses qui pouvait franchir le mur!
Un de nos confrères français avait coutume de dire pour plaisanter : «Comment se remonter le moral après une semaine de reportage en RDA ? Foncer au dernier étage du Kadewe, le grand magasin de Berlin-Ouest ! »  Parce que c’était l’étage alimentation, avec restaurants, bars, épiceries, où l’on pouvait trouver des montagnes de saucisses, des kilos de fromages, des pyramides de fruits… Et des bananes: L’opulence du monde capitaliste !
Le soir du 9 novembre, lorsque les allemands de l’Est purent se rendre à Berlin-Ouest, ils se ruèrent sur les bananes, les ramenant chez eux par caddies entiers. A tel point qu’un peu méchamment, les allemands de l’Ouest appelèrent la République Démocratique Allemande, « Bananen Republik », un mix entre République bananière et République des bananes.
Rétrospectivement, rien d’étonnant donc que la plus forte économie des pays de l’Est n’ait pas résisté, ne serait-ce qu’une année, à l’ouverture du mur en novembre 1989. En quelques mois, toutes ces « VEB » , ces « Entreprises Propriétés du Peuple » se sont volatilisées. L’ancienne RDA s’est très vite vidée de ses forces vives, des plus qualifiés, des plus jeunes,  près de 2 millions qui sont partis travailler à l’Ouest. On n’a qu’une seule vie…
De ce pays-là, il n’y avait sans doute rien à garder, et d’ailleurs rien n’a été gardé… Et pourtant, enfermés derrière leur mur, les allemands de l’est avaient développé une culture qui leur était propre, qui privilégiait la famille, les rapports simples entre amis, puisqu’aucun épanouissement n’était possible dans la sphère publique ou professionnelle. 
Certains regrettent cette RDA-là. On parle d’ « Ost-algie »

Demain : BERLIN : Le soir où le mur n’est pas tombé : 5/7 Ostalgie


mercredi 5 novembre 2014

BERLIN : Le soir où le mur n’est pas tombé 3/7 : La RDA fête son 40 ème anniversaire: Auferstanden aus Ruinen

Les armoiries de l'Etat communiste découpées dans un drapeau de la RDA
 Par Pierre Thivolet, ancien correspondant de TF1 en Allemagne
Ce devait être un bel anniversaire, ce 7 octobre 1989.
Sur l’avenue « Unter den Linden » qui descend depuis la Porte de Brandebourg, les drapeaux rouges flottaient au vent. Les façades étaient habillées d’immenses affiches de propagandes, de slogans socialistes à la gloire des 40 ans de la République démocratique allemande, l’« Etat des ouvriers et des paysans », selon l’appellation officielle en langue communiste, représenté sur le drapeau par un blason, des gerbes de blé entourant un marteau  et une équerre.
Devant la  Neue Wache où les soldats de l’unité d’élite Friedrich-Engels montaient la garde, des tribunes avaient été installées pour les principaux  dirigeants:
Erich Honecker, l’inamovible secrétaire général du Parti Socialiste unifié d’Allemagne, le Parti communiste: Visage de cire, lèvres pincées.
A ses côtés : son épouse, la redouté Margot, ministre de la Culture – quelle plaisanterie quand on y repense - surnommée sous le manteau, la « sorcière bleue », parce qu’elle le valait bien avec la surprenante couleur de la teinture de ses cheveux. 
Et puis tous les dirigeants des « pays frères », parmi lesquels bien sûr Gorbatchev.
Ce devait être un bel anniversaire. Et au début tout avait bien commencé : Les troupes de « l’armée du peuple » avaient défilé dans un ordre impeccable, au pas de l’oie. Puis avait suivi le cortège des FDJ (prononcez : f-d-yot), la « Jeunesse libre allemande », qui embrigadaient tous les jeunes est-allemands. L’actuelle chancelière Angela Merkel en fût elle-même.
Tout cela au son de l’hymne national de la RDA : « Auferstanden aus Ruinen » « Ressuscité des ruines ». Une très belle musique, composée par Hans Eissler,  un des grands musiciens allemands du 20 ème siècle, élève d’Arnold Schoenberg à Vienne, compagnon de route et de travail de Bertold Brecht, tous les deux communistes, tous les deux rentrés à Berlin-Est après guerre pour participer à l’édification d’une Allemagne socialiste.
Car, même si le régime, la dictature, avait vidé les mots de leur sens, un certain nombre d’intellectuels qui avaient dû fuir l’Allemagne nazie, avaient cru en 1945, qu’après ce qu’avaient fait les allemands, les massacres commis dans toute l’Europe, les camps de concentration, l’holocauste, il fallait faire du passé table rase, construire une société nouvelle. Dans les années 1950, c’est ce qui fût fait littéralement : L’ancien château de Berlin, certes en ruines, mais toujours debout, fût dynamité - c’est comme si le Louvre avait été détruit - pour y édifier le « Palast der Republik », siège de l’assemblée du peuple. Ironie de l’Histoire : 25 ans plus tard ce bâtiment a été à son tour rasé et l’on y reconstruit les façades de l’ancien château des rois de Prusse, avec notamment sa cour intérieur le « Schlüterhof »,  une des merveilles de l’architecture et de la sculpture classique allemandes.
Tout se passait bien. Jusqu’à ce que Gorbatchev décide à la surprise générale, devant les caméras qui filmaient en direct, d’être « Gorbi », l’homme de la perestroïka. Il sort des tribunes, va saluer les spectateurs qui se mettent à crier : « Gorbi, Gorbi : Hilf uns : Aide nous ! » et  il répond : « Celui qui est en retard est puni pour la vie.». Cette petite phrase fait l’effet d’une bombe. Tous les allemands de l’est vont se la répéter. Honecker est fou furieux, mais il va être limogé dans les semaines qui suivent. Et alors que se déroulent une soirée de gala au « Palast der Republik », des manifestants viennent jusque sur les bords de la Spree qui longe la façade arrière du bâtiment, scander des slogans repris depuis quelques semaines: « Wir sind das Volk » « Nous sommes le peuple » et :« Die Mauer muss weg » « Le mur doit tomber ». La police secrète et ses gros bras en civil répriment violemment les manifestants, hurlements, gaz lacrymogènes, explosions ; C’est la première fois qu’une telle manifestation se déroule en plein cœur de Berlin. De l’autre côté de la Spree, on voit les grandes fenêtres éclairées du Palast des Republik et les silhouettes des invités du régime qui regardent. Se rendent-ils compte que dans un mois, ils tomberont dans les poubelles de l’Histoire ?
Quant à l’Etat des ouvriers et des paysans, il ne fit pas long feu après l’ouverture du mur. Je me souviens d’un matin, ce devait être 2 ou 3 jours après le 9 novembre. Nous avons été attirés par des rires qui sortaient d’un soupirail du très redouté Ministère de l’Intérieur est-allemand. C’étaient des gardiens qui décrochaient les portraits officiels et découpaient le blason est-allemand du drapeau. Contre 5 deutschmarks, ils nous ont donné un portrait d’Honecker et un blason, que j’ai toujours conservés depuis.
Ce devait être un bel anniversaire.

Demain : 4/7 Bananen Republik – La République des bananes


mardi 4 novembre 2014

BERLIN : Le soir où le mur n’est pas tombé 2/7 : Ces fissures que personne n’avait vues…

Souvenirs de l'été 1989
Par Pierre Thivolet, ancien correspondant de TF1 en Allemagne.

Hegyeshalom. C’est là sans doute que le mur de Berlin a commencé à se fissurer. Dans ce village hongrois, à 170 kilomètres de Budapest, 70 kilomètres de Vienne, le 2 mai 1989. Lieu précis, date précise : Le gouvernement hongrois, pourtant toujours communiste, avait décidé d’y organiser une conférence de presse mettant en scène le premier démantèlement du « rideau de fer ». Avec des chefs militaires, des garde-frontières et découpage de barbelés devant les caméras. Je me souviens très bien d’une question d’un confrère, Pierre Hasky, à l’époque à « Libération » : «  Mais que ferez-vous quand des ressortissants d’autres pays de l’Est  voudrons passer à l’Ouest ? » Silence gêné des autorités.
Quelques semaines plus tard, les allemands de l’Est apportaient la réponse à cette question. S’il leur était quasi impossible de se rendre à l’Ouest, les « pays frères » étaient facilement accessibles. Chaque année, des centaines de milliers d’Est-allemands s’entassaient dans leurs« Trabant », ces caisses à savon, au moteur à deux temps, fiertés de l’industrie est-allemande, pour passer leurs vacances sur les rives du lac Balaton, la « mer »  hongroise.
La nouvelle s’est vite répandue dans toute la RDA: On peut s’enfuir par la Hongrie. D’abord quelques dizaines, que les garde-frontières hongrois ne faisaient rien pour arrêter. Puis des centaines.  Jusqu’au 19 août 1989, où un « pique-nique », organisé à la frontière par le parti autrichien paneuropéen d’Otto von Habsbourg s’est transformé en fuite à l’Ouest de milliers de « vacanciers » est-allemands.
Dans la ruée vers la liberté, ils abandonnaient tout derrière eux. Dans la bousculade, un jeune père, sa femme, sa fille, avec comme seuls bagages , un sac à dos, s’étaient retournés vers nous, une fois à l’Ouest, et dans un grand éclat de rire, nous avaient donné la plaque d’immatriculation «DDR» « République Démocratique Allemande » qu’ils avaient dévissée sur leur voiture abandonnée. Désormais, le mur de Berlin n’arrêtait plus l’hémorragie. A Berlin-Est, le gouvernement ne savait plus quoi faire. Partout des citoyens est-allemands tentaient la fuite.
 En Pologne, la première à s’affranchir du communisme. A Prague, en envahissant l’Ambassade d’Allemagne de l’Ouest. Et pendant ce temps-là, à Moscou, Gorbatchev parlait de « perestroïka » et de libertés.
J’ai retrouvé quelques souvenirs de cet été 89: Un bout de barbelés, gracieusement offert par un soldat hongrois, le 2 mai, à Hegyeshalom. Une maquette de Trabant et puis la plaque DDR de cet inconnu qui s’enfuyait vers la Liberté.
L’Allemagne de l’Est était présentée pourtant, même à l’Ouest, comme le bon élève de la classe socialiste. Elle préparait les festivités de son 40 ème anniversaire avec force défilés militaires, soldats marchant au pas de l’oie, pionniers des Jeunesses communistes agitant des drapeaux , et invités de marque, comme Mikhael Gorbatchev et les dirigeants des pays frères.
Ce devait être un triomphe pour le régime, ce fût le début de la fin pour la vieille garde communiste.
Rétrospectivement, c’est un mur bien lézardé qui s’est ouvert le 9 Novembre 1989.



Demain : 3/7 : La RDA fête son 40 ème anniversaire.


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