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dimanche 19 avril 2020

Covid-19 : Ils font chier les allemands !

Et en plus, ils déconfinent bientôt ...
Décidément, nos « amis » allemands – toujours mettre le mot ami entre parenthèses quand il s’agit des allemands ! - ont encore une fois tout bon avec la gestion de la crise sanitaire du coronavirus. En tout cas, jusqu’ici. 
Ils ont quatre fois moins de décès que chez nous, leur confinement a été moins drastique que chez nous et leur déconfinement commence dans quelques jours. Non seulement ils sont les rois des berlines de luxe, des machines-outils, non seulement ils exportent en veux-tu en voilà, et leur balance commerciale affiche des excédents qui devraient nous faire rougir de honte, non seulement ils commercent avec la Chine avec des échanges pratiquement à l’équilibre, non seulement leur déficit budgétaire est un excédent, c’est-à-dire qu’ils se désendettent quand nous, nous endettons les futures générations pour plusieurs générations, mais en plus leur système de santé se révèle très efficace . Mais comment font-ils ? 
Il y a bien sûr les jaloux, les attardés des deux guerres qui voient en Angela Merkel la réincarnation de Bismarck, et soupçonnent toujours les allemands de vouloir faire marcher toute l’Europe au pas de l’oie. Il y a ceux qui ne se remettront jamais en cause. Au lieu de se demander : Qu’est-ce qui ne va pas chez nous, ils disent : c’est la faute aux allemands, trop économes, trop sérieux, trop égoïstes. Mais, le comble : L’Allemagne dépense-t-elle plus que nous pour sa santé ? Même pas, mais avec au bout du compte, 4 fois plus de lits en réanimation, et des personnels de santé payés 20 % de plus. 
Et alors que nous invoquons 14-18, Verdun, le chemin des dames et Clémenceau, l’Allemagne ne se dit pas en guerre contre le coronavirus. Non ! le Président allemand a déclaré : "Non, cette pandémie n'est pas une guerre. Les nations ne s'opposent pas à d'autres nations, les soldats à d'autres soldats. C'est un test de notre humanité ». Cette crise "fait ressortir le meilleur et le pire des gens. Montrons aux autres ce qu'il y a de meilleur en nous", "Et s'il vous plaît, montrez-le-nous aussi en Europe !", a-t-il ajouté, car l'Allemagne ne pourra pas "sortir de la crise forte et saine" si ses voisins "ne deviennent pas eux aussi forts et sains".
Hélas, amis allemands, vous risquez fort d’être déçus par nous français. Car il y a fort à craindre qu’au sortir de cette épreuve nous ne soyons tentés par le repli sur soi, sur notre petit, petit, petit pré carré. Pas très fort ni sain.


vendredi 21 février 2020

Tuerie terroriste en Allemagne : Le retour des nazis ?

L'Histoire n'est pas un éternel recommencement ? 
On a l’impression d’être revenu loin en arrière. 
Pas en 1930 (j’ai entendu parler, mais désolé suis encore trop jeune pour avoir connu…). mais en 1992. 
En août 1992, à Rostock. Deux ans à peine après la chute du mur, un an après l’unification des deux Allemagnes et la disparition de la RDA, l’Allemagne communiste, quelques mois après les premières élections municipales libres. 
À Rostock, principal port de l’Allemagne de l’Est, ville plutôt ouvrière, c’est une coalition gauche-Verts qui l’avait emporté. Rostock, autour d’un vieux centre, de son hôtel de ville rococo et du port de pêche, des alignements d’HLM en « Plattenbau », en plaques de béton, des rues longées par les tuyaux aériens des conduites de chauffage : la déprime. 
C’est dans une de ces HLM la résidence « Tournesol » que plusieurs familles de travailleurs immigrés … vietnamiens étaient hébergées (à l’époque les immigrés venaient surtout des pays « frères » communistes). Le 22 août, des petits groupes attaquent avec des projectiles, des cocktails molotovs, mettent le feu au bâtiment, les vietnamiens arrivent à se sauver de justesse. 3 jours et 3 nuits d’émeutes, la police locale dépassée, issue de l’ancienne RDA elle n’était pas habituée à ce type de guérilla urbaine menée par des groupes radicaux dont une partie venait visiblement de Berlin, Hambourg, des milieux de l’extrême-droite ouest-allemande. Nous-mêmes, l’équipe de TF1, prise à partie, violemment, le cameramen, agressé, obligés de nous abriter sous des voitures. 
Trois mois plus tard, 3 turques mourraient dans l’incendie de leur maison à Mölln dans le Schleswig-Holstein, puis un an plus tard, 5 personnes dans l’incendie leur foyer. Des actes terroristes revendiquées au nom de « Heil Hitler ». Et depuis les attentats ou agressions n’ont fait qu’augmenter. 
Comme aujourd’hui, des millions d’allemands s’étaient indignés, des millions avaient marché dans les rues, déposé des bougies, aux cris de « Nazis raus, les nazis dehors ». Et cette amie en pleurs au téléphone : « C’est affreux, cela ne changera jamais. Avons-nous ça dans le sang, nous allemands, cette haine, cette violence ? « 
Non, l’Allemagne de 2020 n’est pas celle de 1930. La grande différence c’est que l’immense majorité des allemands, quelque soient leurs difficultés, leurs préférences politiques, leurs égoïsmes, leurs craintes, savent ce que leurs pays a fait il y a 80 ans : une des plus grandes catastrophes morale et humaine de leur histoire, de notre histoire. 
La confrontation permanente avec l’Histoire – la Vergangenheitsbewältigung, structure les institutions de l’Allemagne moderne, la vie politique, l’éducation.
Nous qui votons pour 20 et 40 % pour l’extrême-droite, et cela depuis plus de 30 ans, nous ferions bien – nous aussi - de tirer les leçons de l’histoire allemande. Mais pour nous et notre avenir.

dimanche 10 novembre 2019

BERLIN, le mur : 30 ans déjà : Une fois le mur tombé tout est allé très vite.

Direct depuis la porte de Brandebourg... quelle Histoire !

Par Pierre Thivolet, ancien correspondant de TF1 en Allemagne

Tout est allé très vite. 
Une fois le mur ouvert, tout s’est enchaîné, prenant de court les dirigeants politiques de l’Est comme de l’Ouest jusqu’à la chute du régime communiste, et la réunification.
Début décembre 89, certains pensaient encore qu’il y aurait deux Etats allemands qui se rapprocheraient progressivement. Les militants des droits de l’Homme, plutôt de gauche, qui s’étaient battu contre le régime, notamment autour de pasteurs protestants à Dresde, à Berlin, croyaient que leur pays, la RDA, créerait une troisième voie entre communisme et capitalisme. 
Mais fin décembre, tout était réglé. 
En fait notre société de consommation ne fit qu’une bouchée de la société est-allemande. En caricaturant, c’est le pouvoir d’attraction des bananes – ce fruit symbolisait pour les allemands de l’Est où il était très rare, le luxe et l’opulence - qui a fait tomber le communisme. A tel point que les allemands de l’Ouest se mirent à baptiser l’Allemagne de l’Est « Bananenrepublik » un jeu de mots pas très sympa entre République bananière et République des Bananes. 
Le 19 décembre 89, quand le chancelier Helmut Kohl s’est rendu pour la première fois en RDA, à Dresde, la foule ne scandait plus Wir sind das Volk, mais Wir sind ein Volk. Nous sommes un seul peuple, et : Nous voulons le Deutschmark !
C’est là devant une foule immense au milieu des ruines de l’Eglise Notre-Dame qu’Helmut Kohl et ses conseillers ont réalisé qu’il n’y avait plus qu’un scénario possible : La réunification. 
Berlin-Ouest était jusque là enfermée par ce mur qui non seulement la séparait de Berlin-Est mais également du reste de son arrière pays, le Brandebourg. Le mur passait au milieu des lacs, des rivières, des forêts. Très vite au printemps nous avons pu circuler de plus en plus librement, aller passer le dimanche au bord d’un des innombrables lacs du Mecklembourg, assister à un concert un soir dans les jardins des châteaux de Postdam. Rendre visite à des amis est-allemands dans leur « datcha », un petit chalet sans eau ni électricité, au milieu des pins, qui était un des rares petits luxes de beaucoup d’allemands de l’est, leur jardin secret où ils se retrouvaient en famille ou entre amis très proches .
Au début les garde-frontières nous contrôlaient encore. A partir de l’été, c’est à peine s’ils regardaient nos passeports. 
Et puis ce sont les Audi et Mercédès qui ont remplacé les Trabant.
Et puis les magasins à l’est qui ont commencé à fermer puis à rouvrir sous les couleurs d’enseignes ouest-allemandes,
Et puis ce sont les produits est-allemands qui ont disparu d’un coup , et puis nous nous sommes aperçus que c’est un pays entier qui avait disparu. 
La Pologne, la Hongrie, même la Tchécoslovaquie qui s’est divisée, sont restés des pays. La RDA doit être le seul cas dans l’histoire récente d’un pays qui disparaît totalement. 
30 ans plus tard, je suis bluffé par la manière dont l’Allemagne de l’Est a été transformée. Partout les routes ont été reconstruites, la fibre optique, les éoliennes et le solaire, tous les bâtiments ont été restaurés ou reconstruits superbement. 
Dresde, qui était encore un champ de ruines il y a 30 ans, Weimar, Schwerin, les stations balnéaires de la côte Baltique sont devenues des villes superbes.
Et c’est chaque fois une émotion intense de revenir à Berlin. Se balader Place de Paris devant la porte de Brandebourg qui a retrouvé sa fonction de Porte alors que je l’avais connu isolée au milieu du no man’s land. Se promener le long de la Spree entre la nouvelle chancellerie et le vieil hôpital de la Charité jusqu’à l’île aux musées. A chaque fois, on se pince : Le mur passait là, et ici , et là encore. 
Se promener jusqu’à la grande synagogue de la rue Oranienburg, incendiée par les SA pendant la nuit de cristal de 1938. Un 9 novembre, quelle ironie de l’Histoire. Vergesst es nie. N’oublie jamais est-il inscrit sur la façade. Un peu plus loin toujours dans le vieux Berlin qui se situait côté est, la rue Sophie et cet immeuble laissé détruit et à la place des appartements , des plaques qui rappellent qu’ici habitait telle famille- juive- déportée en 1940, là telle autre, disparue en 1941, avec leurs noms, le nom des enfants.
Partout à Berlin on se heurte à l’Histoire, heureuse comme la chute du mur, tragique comme le nazisme, l’holocauste, la guerre. 
Quand on a partagé ces moments d’Histoire avec les berlinois, avec les allemands, il est difficile de ne pas conserver « einen Koffer in Berlin », une valise à Berlin. Comme le chantait Marlene Dietrich
« J'ai encore une valise à Berlin,
c'est pour ça que j'y retournerai bientôt.
Dans ma petite valise, il y a
toutes les nostalgies des temps passés ».

Et l’on écoute Marlene Dietrich…







samedi 9 novembre 2019

BERLIN, le mur : 30 ans déjà : Le 9 novembre, nul besoin d’être allemand pour être emporté par la joie de la liberté.

Un moment unique de joie partagée
Par Pierre Thivolet, ancien correspondant de TF1 en Allemagne

On le sait maintenant : le 9 novembre, rien ne bougeait à Berlin-Est. Jusqu’à cette fameuse boulette de communication du porte-parole du Parti Communiste, bafouillant que « ce soir, maintenant, les allemands de l’est pourraient voyager librement ». C’était vers 18 h. Sur le coup, rien ne bougea non plus. Les allemands de l’Est attendèrent les JT des chaînes de l’Ouest, que tout le monde à l’Est regardait clandestinement, pour y croire et pour vers 21h, 21h 30 se rendre aux checks-point du mur, munis de leurs papiers. Et là…
Et là, 30 ans plus tard, j’en ai encore la chair de poule, les larmes aux yeux. On a rarement dans une vie de journaliste, dans une vie tout simplement, la chance de vivre de tels moments. 
Un événement historique bien sûr, mais surtout la joie / qu’il était impossible de ne pas partager/ le bonheur d’être libre, un bonheur tout simple et immense à la fois.
C’était beau. 
Il n’y avait pas l’once de nationalisme ou de revanchisme allemand, et dans cette joie, tous pouvaient se sentir inclus, d’où que l’on vienne. 
Rien d’étonnant donc à que le musicien russe exilé Rostropowitsch ait pris le premier avion avec son violoncelle, pour venir jouer du Bach au pied du mur. 
Ni à ce que tant d’anonymes , des étudiants , et même des hommes politiques aient foncé vers Berlin pour venir vivre ces moments-là. 
C’était très beau, ces rires, ces pleurs, ces chants dans la nuit, et les cloches de toutes les églises de Berlin-Ouest qui se mirent à sonner. La liberté n’était plus un mot, un concept, elle devenait devenait concrète . 
Dans les nuits et les jours qui ont suivi, nous n’avons pas touché terre. 
Berlin avait été submergé par des millions de personnes qui voulaient visiter Berlin-Ouest, se balader sur le Ku-Damm, et acheter des « bananes ». Les bananes, ce fruit dont les allemands de l’Est étaient pratiquement privés, leur apparaissaient comme le comble du luxe.  Il fallut d’urgence en importer pour ravitailler les magasins de l’Ouest. 
Un immense bouchon paralysa la ville, il fallut très vite élargir les postes frontières, puis ouvrir des brèches dans le mur, chaque nouvelle ouverture était un événement, jusqu’à la Porte de Brandebourg, quelques semaines plus tard. 
Nous avons travaillé non-stop : Tournage , montage, mixage, et hop ! en selle sur une moto que nous avions louée pour nous rendre en roulant sur les trottoirs, à contre-sens du flot de voitures, à 10 kilomètres du centre de Berlin, à Adlershof, le siège de la télévision est-allemande, d’où nous diffusions vers Paris. 
Tous les réseaux téléphoniques ou satellites étant totalement submergés à l’Ouest, c’était d’ailleurs notre seul moyen de communiquer avec la rédaction. TF1 n’ayant pas prévu au départ, contrairement à Antenne 2 de Christine Ockrent, d’envoyer des moyens techniques supplémentaires, pendant 3 jours, seuls nos reportages et nos directs depuis l’Est arrivaient à Paris. 
Pour TF1 une boulette, certes moins historique que celle de Günter Schabovsky,  mais un « ratage » quand même, un mauvais souvenir qui a été ensuite rapidement mis sous le tapis. 
Un matin, sur notre moto à contre sens, nous avons fait une embardée en essayant d’éviter une voiture, un instant j’ai imaginé un accident, et nous gisant à terre, sans possibilité d’être secourus, car tout était bloqué ; et je me suis dit : « C’est couillon, je vais mourir là dans l’indifférence générale alors que autour de moi c’est l’Histoire qui est en marche ». 
Et puis , il y a eu l’après, 
Helmut Kohl effectuant sa première visite à Dresde, 
François Mitterrand à Berlin, et puis les élections libres, et puis, la réunification, et puis, les premières agressions contre des étrangers et puis… Et puis …je vous le raconterai demain .

Et l’on écoute quelques mesures des « Suites pour violoncelle » de Jean-Sebastien Bach , joué par Rostropowitsch , le 11 novembre au pied du mur…
https://www.dailymotion.com/video/x29e4y2








vendredi 8 novembre 2019

Berlin, le mur, 30 ans. Que se passait-il le 8 novembre 89 ?

Et pendant ce temps-là, le chancelier Helmut Kohl était en Pologne...

Par Pierre Thivolet, ancien correspondant de TF1 en Allemagne

Que se passait-il à Berlin-Est le 8 novembre 1989, 24 heures avant l’ouverture du mur ? 
Rien. 
Correspondant de TF1, nous avions obtenu un visa, officiellement pour « couvrir » les réunions du comité central du Parti communiste qui deux semaines auparavant avait remplacé Erich Honecker par Egon Krenz. Nous avions pris nos quartiers à l’Hôtel Metropol, sur Friedrichstrasse, en plein centre de Berlin-Est. A l’époque le centre de Berlin, côté Est était comme une excroissance dans Berlin-Ouest, une vitrine avec des musées, quelques bâtiments historiques reconstruits, l’ambassade soviétique, immense, faisant presque face à la Porte de Brandebourg, que l’on voyait depuis les barrières, mais qui était en zone interdite, le no man’s land du mur, et puis des ministères et le siège du gouvernement. 
Après 17 heures, il n’y avait plus personne, la vie à Berlin-Est, était plutôt plus au nord, à partir de Prenzlauer Berg, qui avait la réputation d’être un quartier un peu bohême, et où l’on rencontrait des artistes, des écrivains, des militants des droits de l’homme, enfin il n’y en avait pas beaucoup. Quand on commençait à être trop critique, au mieux on était expulsé vers l’ouest, au pire, emprisonné. 
Nous étions donc dans un « palace » selon les normes est-allemandes, en fait une sorte de grande barre de béton, sinistre, où toutes les chambres étaient équipées de micros de la Stasi, la police secrète, et qui nous était imposée par les autorités. Comme nous était imposée la conversion de Deutschmarks en Marks est-allemand, une monnaie sans valeur, non reconvertible. Tout visiteur étranger était considéré comme une vache à devises, alors une équipe de télé…
Nous avions installé notre banc de montage dans une chambre et le sujet de notre reportage portait sur les travailleurs immigrés, pardon invités, vietnamiens. 
Parce que l’Allemagne de l’Est manquait de main d’œuvre et elle commençait à en faire venir des pays « frères » communistes. Des accords d’Etat à Etat, la main d’œuvre très encadrée, était parquée dans des tours HLM à la périphérie des villes. 
Pour ces reportages, nous avions un peu circulé en Allemagne de l’Est, jusqu’à Karl-Marx Stadt - qui a retrouvé aujourd’hui son nom d’avant le communisme - Chemnitz. En flash reviennent ces images d’un pays triste, brouillardeux, dès l’automne et les premiers froids ; un épais voile jaunâtre dû à la pollution du chauffage au lignite, recouvrait tout le pays. Des villes encore marquées par les destructions de la guerre, comme Dresde, capitale de la Saxe, l’ancienne Florence de l’Elbe. En dehors du Zwinger, de l’Opéra, et de l’Eglise du Palais, c’était surtout des plaques de béton et des gravats. Et partout des tuyaux de gaz ou de chauffage parcourant les villes et les villages à 2 mètres au-dessus du sol, des installations industrielles rouillées. 
En fait ce pays présenté comme le bon élève, l’exemple de la réussite économique du bloc communiste, était au bord de la faillite. 
Une faillite qui allait être précipitée par ce qui allait se produire le lendemain. 
Mais le 8 novembre, personne n’en savait rien. Et le soir nous sommes allés dîner - là aussi pas le choix - au restaurant « gastronomique » de l’hôtel. Pour le régime et la chaîne nationale d’hôtels pour étrangers Interhotels, « gastronomique » cela signifiait cher, et avec des plats aux noms français, comme le « vol au vent ». Je ne sais pas pourquoi, mais cela semblait être le comble du bon goût, on le retrouvait  partout, mais on était très loin de top chef. Et puis bien sûr, il y avait une autre fierté du régime, le « Rotkäppchen », le petit chaperon rouge, un mousseux écoeurant. Là aussi on était très loin du champagne. 
C’est donc en traînant des pieds que nous nous sommes rendus le lendemain , 9 novembre, vers 17 heures, à la conférence de presse de Günter Schabowsky, le porte-parole du comité central. Nous avions rendez-vous avec l’Histoire, mais personne, même pas lui, n’était au courant… 

Et l’on écoute la déjantée Nina Hagen, une chanteuse berlinoise de l’Est, exilée à l’Ouest, qui chante Berlin ist dufte, Haupstadt des DDR, presqu’intraduisible pour qui n’est pas berlinois. Allez rocke Nina ! 




jeudi 7 novembre 2019

Berlin, le mur, 30 ans. En attendant, la RDA fête son 40 ème anniversaire.

Et 2 semaines après ce baiser, Honecker était limogé 

 Par Pierre Thivolet, ancien correspondant de TF1 en Allemagne

Ce devait être un bel anniversaire, ce 7 octobre 1989.
Sur l’avenue « Unter den Linden » qui descend depuis la Porte de Brandebourg, les drapeaux rouges flottaient au vent. Les façades étaient habillées d’immenses affiches de propagandes, à la gloire des 40 ans de la République démocratique allemande, l’ « Etat des ouvriers et des paysans », selon l’appellation officielle 
Devant la  Neue Wache où les soldats de l’unité d’élite « Friedrich-Engels » montaient la garde, des tribunes avaient été dressées pour les principaux  dirigeants: 
Erich Honecker, l’inamovible secrétaire général du Parti Socialiste unifié d’Allemagne, le Parti communiste: Visage de cire, lèvres pincées y accueillait les dirigeants des pays frères, dont Gorbatchev , bien sûr. 
Ce devait être un bel anniversaire. Et au début tout avait bien commencé : Les troupes de « l’armée du peuple » avaient défilé dans un ordre impeccable, au pas de l’oie. Puis avait suivi le cortège des FDJ (prononcez : f-d-yot), la « Jeunesse libre allemande », qui embrigadaient tous les jeunes est-allemands. L’actuelle chancelière Angela Merkel en fût elle-même. 
Tout cela au son de l’hymne national de la RDA : « Auferstanden aus Ruinen »« Ressuscité des ruines ». Une très belle musique, composée par Hans Eissler, compagnon de route et de travail de l’écrivain Bertold Brecht. Tous les deux communistes qui avaient fui les nazis étaient rentrés à Berlin-Est après la guerre pour édifier une Allemagne socialiste, pensaient-ils..
Tout se passait bien. Jusqu’à ce que Gorbatchev décide à la surprise générale, devant les caméras qui filmaient en direct, d’être « Gorbi », l’homme de la perestroïka. 
Il sort des tribunes, va saluer les spectateurs qui se mettent à crier : « Gorbi, Gorbi : Hilf uns : Aide nous ! » et  il répond : « Celui qui est en retard est puni par l'Histoire, pour la vie.». Cette petite phrase fait l’effet d’une bombe. Tous les allemands de l’est vont se la répéter. Honecker est fou furieux. Le désaveu soviétique équivaut à un limogeage, et , de fait, ce sera le cas dans les semaines qui suivent. 
Le soir, gala officiel au « Palast der Republik ». Mais sous les fenêtres du siège du gouvernement, des petits groupes de manifestants se sont formés. Et ils scandent les slogans repris depuis quelques semaines: « Wir sind das Volk » « Nous sommes le peuple » et :« Die Mauer muss weg » « Le mur doit tomber ». La Stasi et ses gros bras en civil répriment violemment les manifestants, hurlements, gaz lacrymogènes, explosions ; C’est la première fois qu’une telle manifestation se déroule en plein cœur de Berlin. 

Aujourd’hui, le « Palast der Republik » a été détruit. Difficilement : Il était contaminé à l’amiante. 
Et puis l’ancien château des rois de Prusse sur lequel il avait été bâti, a été reconstruit. Après des années d’hésitations, et avec appel aux dons. Ce château redonne au centre de Berlin de la cohérence. Il a été refait à l’identique. Enfin, presque : Les allemands ne voulaient pas que ce soit un château à la Disney, Berlin ne voulait pas que soit gommée l’Histoire. 
Vergangenheitsbewältigung. La confrontation avec l’Histoire : Cela reste quand même le maître mot de l’éducation et de la politique en Allemagne.

Et l’on écoute quelques notes de l’ancien hymne est-allemand. 

mercredi 6 novembre 2019

Berlin, le mur : 30 ans déjà. En Hongrie, une brèche dans le rideau de fer.

Souvenirs de la fuite vers l'ouest  
En fait quand on y repense c’est en Hongrie que le mur de Berlin a commencé à se fissurer. 
A Hegyeshalom exactement. 
Franchement ce gros village ne vaut pas le détour, si ce n’est que c’est le point de passage entre la Hongrie, et pratiquement se touchant l’Autriche et la Slovaquie. Et que c’est là que le 2 mai 1989, le gouvernement hongrois- pourtant à l’époque toujours communiste - avait décidé de mettre en scène le premier démantèlement du « rideau de fer ». Gros plan sur des militaires découpant les barbelés devant nos caméras avec des pinces monseigneur !
Je me souviens très bien d’une question d’un confrère, Pierre Haski : « Mais que ferez-vous quand des ressortissants d’autres pays de l’Est  voudront passer à l’Ouest ? » Silence gêné des autorités. 
Quelques semaines plus tard, les allemands de l’Est répondaient à cette question : La nouvelle s’était répandue dans toute la RDA : On peut s’enfuir par la Hongrie. Car il était possible aux allemands de l’est de voyager librement dans ce pays-frère. 
D’abord, des dizaines, puis des centaines tentèrent le coup, passant de la Hongrie à l’Autriche, donc à l’Ouest, sans être empêchés par les garde-frontières. 
Jusqu’au 19 août 1989, où un « pique-nique », organisé à la frontière par le parti autrichien paneuropéen d’Otto von Habsbourg s’est transformé en fuite à l’Ouest de milliers de « vacanciers » est-allemands. 
Dans la ruée vers la liberté, ils abandonnaient tout derrière eux. Dans la bousculade, un jeune père, sa femme, sa fille, avec comme seuls bagages, un sac à dos, s’étaient retournés vers nous, une fois à l’Ouest, et dans un grand éclat de rire, nous avaient donné la plaque d’immatriculation « DDR » « République Démocratique Allemande » qu’ils avaient dévissée sur leur Trabant, leur voiture abandonnée. Une plaque que j’ai conservée jusqu’à aujourd’hui.
A Berlin-Est, le gouvernement ne savait plus quoi faire. 
Aujourd’hui, en Hongrie, on réinstalle des barbelés, au sud à la frontière avec la Hongrie, par peur d’une invasion de migrants. 

Et l’on écoute Udo Lindenberg, le chanteur ouest-allemand qui s’était rendu très populaire à l’époque, avec cette chanson plutôt humoristique : « Sonderzug nach Pankow »… « Train spécial pour Pankow »,  la résidence du dirigeant communiste Erich Honecker, au nord de Berlin.


mardi 5 novembre 2019

Berlin, le mur : 30 ans déjà. Tous les Lundi soir c’est manif à Leipzig.

Leipzig , Lundi 9 octobre 1989, devant le Gewandthaus
C’est à Leipzig que le mur de Berlin a commencé à tomber. Avec les «Montagsdemo», les manifs du Lundi soir.
Leipzig. 
En dehors de Berlin, c’est la grande ville d’Allemagne de l’Est. Une capitale économique, commerciale, avec ses foires organisées depuis le Moyen-âge. 
Au coeur de la Saxe, ville de culture aussi avec l’Eglise Saint-Thomas où composa un certain Jean-Sébastien Bach, l’Auerbachs Keller où Goethe situe une scène de son premier Faust et puis à quelques pas de là… la Nikolaiskirche, l’Eglise Saint-Nicolas. Dès avril 1989, nous avions pu y assister à de bien curieux offices. 
Les Lundi à partir de 18 heures, les lectures pastorales laissaient la place à des appels à la Paix, à la non-violence, à la liberté. Pas d’attaques directes contre le régime, mais dans cette église portes ouvertes, il se passait quelque chose. Il fallait être prudent, la Stasi, la police politique, était là en civil, à qui faire confiance ? 
Alors tous les Lundi, en septembre, nous sommes revenus clandestinement. 
Depuis Berlin-Est, 2 heures d’autoroutes, nous fonçions sur la chaussée avec ses plaques en béton, et il fallait repartir dans la soirée, pour repasser avant minuit le « check point Charlie » entre Berlin-Est et Berlin-Ouest …
Et de Lundi en Lundi, ces « Montagsgebete », ces « prières du Lundi », se sont transformées en « Montagsdemo », en « manifs du Lundi », de plus en plus importantes. 
Le Lundi 9 octobre, nous sommes montés au sommet d’un immeuble, et là nous avons pu voir des dizaines de milliers manifestants reprenant les slogans « Keine Gewalt » « pas de violences » « Liberté de voyager » « Ouvrez le mur ».  
Soudain devant la salle de concert du GewandtHaus apparut un colosse barbu « C’est Kurt Masur », dit la foule; le chef d’orchestre mondialement connu, aujourd’hui décédé. Il marchait calmement au-devant des banderoles. Pas de déclarations, sa seule présence était en soi une surprise, lui qui jusque là n’était pas connu pour être critique du régime.  
A Leipzig , de Lundis soir en Lundis soir, le mur s’effritait chaque semaine un peu plus. 
30 ans plus tard, Leipzig a été entièrement rénovée. Elle qui était grise et enfumée attire des foules de touristes. Elle a retrouvé son dynamisme d’antan, c’est même sans doute un des exemples de réussite de la réunification. 
Il y a de nouveau des « Montagsdemo ». Mais elles ne réclament plus l’ouverture des murs, comme en octobre 1989. 
Au contraire, organisées par l’extrême-droite, elles demandent fermeture des frontières et expulsion des étrangers. 

Et l’on écoute un extrait de « Fürchte dich nicht » « Ne crains rien » de Jean-Sébastien Bach, interprété par le chœur de Saint-Thomas de Leipzig… https://youtu.be/kLxJxLh261c

A suivre : Et si tout avait commencé en …Hongrie ?

jeudi 7 mars 2019

Mercredi des cendres, on ne joue jamais un match décisif

Mercredi, fin du carnaval, fin des illusions
Mais pourquoi Diable, Paris a-t-elle accepté de jouer un match aussi important, un … mercredi des cendres ?
Parce qu’il suffisait de demander aux brésiliens ou aux antillais de l’équipe pour savoir que mercredi des cendres c’est la fin du Carnaval. Le jour où l’on s’habille en noir et blanc, couleur du deuil et où l’on brûle Vaval, le Dieu du Carnaval. Et autour des brasiers, on pleure déjà : « La grande illusion du carnaval » Comme le dit la chanson (composée par Antônio Carlos Jobim, il y a 60 ans déjà !):
A felicidade do pobre parece / A grande ilusão do carnaval / A gente trabalha o ano inteiro/ Por um momento de sonho (… ) Pra tudo se acabar / Na quarta feira
Le bonheur du pauvre parait / La grande illusion du carnaval/ Les gens travaillent une année entière / Pour un moment de rêve (…) Pour que tout se termine / Le mercredi !
Eh ! oui mercredi des cendres, les rêves se dissipent, on ne va plus faire la fête ou courir le vidé, on va se coucher… Dommage de Thomas Tuchel ou le Président Nasser Al-Khelaïfi aient ignoré ce vieux principe carnavalesque. Mais il est vrai que l’un est allemand, l’autre qatari, pas martiniquais ni brésilien, alors…
Dommage que hier soir, les chroniqueurs de C à vous, ne soient pas non plus aller se coucher. Cela leur aurait évité d’être entrainés dans une consternante séquence, de devenir le prétexte à un pseudo « clash », complétement vide de sens, aussi vide que le poids électoral de l’intéressé responsable du « clash », le nommer serait lui faire trop d’honneur. Décidément les débats à la télé tournent de plus en plus aux parodies carnavalesques. Et chacun de mettre un masque et de jouer la colère, l’homme du peuple, la voix des sans voix… 
Dommage aussi nous ne soyons pas mieux préparés au mauvais temps économique qui pointe son nez. Cela fait des mois que les cassandres de Bercy ou d’ailleurs nous mettaient en garde, mais finalement c’est comme tous ceux qui crient en permanence : « Au loup ! » , on ne les croit plus. Hélas, comme pour le mercredi des cendres, cela risque d’être la fin de notre grande illusion, celle que la France qui passerait entre les gouttes... 
Mais, voilà mercredi est tombé le dernier rapport de l’OCDE : Et c’est la cata. Coup de frein mondial sur la croissance : Et en Europe, pas un pour sauver l’autre, la Grande-Bretagne ne sait plus dans quel état elle ère, l’Italie est en récession et l’Allemagne va y entrer. Et nous continuons à accuser les autres de tous nos maux : Les allemands... voilà les responsables ! Ils ont fait semblant d’abandonner leur deutschmark pour mieux nous asservir avec l’Euro. D’ailleurs, vous avez vu hier soir ? Qui est l’entraîneur du PSG ? Un allemand ! Tout est clair, non ?
Non, décidément, il ne faut rien prévoir pour un mercredi des cendres. Surtout pas jouer un match décisif. Seulement aller se coucher. 

samedi 13 octobre 2018

La chancelière Angela Merkel passera-t-elle la fête de la bière ?

 
A boire avec modération... Merkel prête à tout pour sauver la Bavière ?
Oui, Angela Merkel va survivre à la fête de la bière. Tout simplement parce que celle-ci est déjà terminée. 
L’Oktober Fest est à Munich un peu ce que le carnaval est à Rio de Janeiro, 6 millions de visiteurs, 7 millions de litres de bière, avec une nuance quand même, le « Schuhplattler » bavarois n’est pas une danse aussi – comment écrire – légère ? élégante ? sensuelle ? que le samba brésilien . 
En revanche côté politique, les prochaines élections en Bavière risquent de ressembler au récent premier tour des Présidentielles au Brésil. Avec notamment une poussée de l’extrême-droite. Non que les nazis soient de retour en Allemagne. S’il y a bien un pays au monde où la « confrontation avec l’Histoire » vaccine contre ce genre de danger, c’est bien l’Allemagne. Contrairement à la France, par exemple, où tout récemment des graffitis anti sémites ont tagué des salles de cours de la grande école HEC ou au Brésil pays de tous les métissages mais également de tous les préjugés racistes. Ainsi, Jair Bolsonaro peut déclarer que ses fils ne sortiraient jamais avec des femmes noires « parce qu’ils avaient été bien éduqués » et obtenir 46 % des votes au premier tour des élections, être soutenu par des stars - noires- du football comme Ronaldinho, dans un pays où la moitié de la population est noire ou métisse. 
Non, en Allemagne arborer des symboles nazis ou se revendiquer du nazisme peut- fort heureusement – vous envoyer en prison. En revanche l’AfD, l’Alliance pour l’Allemagne bouleverse effectivement le jeu politique traditionnel, grignotant sur la droite et même la gauche, les grands partis. Eurosceptique, et aujourd’hui migrants sceptique, il attire 13 % ? 15 ? 19 % ? des électeurs. Trop peu pour arriver au pouvoir, mais avec la proportionnelle, suffisant pour empêcher par exemple Angela Merkel de gouverner de manière stable. Gagnante des dernières élections de 2017 avec 33 % des suffrages, elle a dû batailler pour former une coalition gouvernementale, bien fragile et à la merci du raidissement de son allié bavarois la CSU. Et c’est là où interviennent les élections du 14 octobre en Bavière. 
Si les chrétiens bavarois qui depuis 70 ans dirigent ce Land, le plus riche d’Allemagne, se prennent une raclée à cause de l’extrême-droite, alors Merkel ne passera pas l’automne. Mais d’autres scenarii sont possibles, comme une poussée des Verts, et une coalition entre conservateurs bavarois et écolos. Du jamais vu ! Décidément il n’y a pas que la bière qui fait tourner les têtes en Allemagne…


lundi 10 septembre 2018

Élections en Suède : Schack och pat ! Échec et pat !

La partie d'échecs mortelle du "Sceptième sceau", d'Ingmar Bergman
Aux échecs, on appelle cette situation le « pat ». En suédois, schack och pat :  Echec et pat.
Même si l’un des joueurs a dominé la partie, le jeu est bloqué, aucun coup n’est encore possible, mais personne n’est « mat », il n’y a ni vaincu, ni vainqueur. 
En Suède, l’extrême-droite annonçait un raz-de marée historique. « Entre 20 et 30 %, je serai satisfait », claironnait son leader. Et un peu partout en Europe, de Salvini à Le Pen, on se préparait à emboucher les trompettes de la renommée. 
Caramba, encore raté. 
Même s’ils progressent les S.D, démocrates suédois, qui n’ont de démocrates que le nom, obtiendraient 17 %. Les démocrates, les vrais, respirent mieux. A gauche, au centre, à droite, ils ont répété qu’ils maintiendraient un cordon sanitaire. Un peu comme en France - pour l’instant - à l’égard du Front, pardon, du Rassemblement national. Jusqu’à preuve du contraire, il n’y aura donc aucune alliance avec l’extrême-droite, et la Suède se retrouve donc … sans majorité. 
Là, elle démontre qu’elle n’est pas l’Italie. En Italie, le mouvement 5 étoiles, plutôt extrême-gauche, anar, écolo s’est allié avec les fascistes. 3 mois plus tard, il se fait manger la laine sur le dos par un Matteo Salvini, ministre de l’intérieur, tellement présent qu’on le croit Président, et qui la joue comme Trump, tweets et provocs à tous les étages, avec le même résultat, une majorité d’italiens adorent.
Mais si l’on y regarde de plus près, le résultat de l’extrême-droite en Suède n’est pas si mauvais que ça : Meilleur que la ligue de Salvini aux dernières élections en Italie. Et son pouvoir de nuisance va être grand. Un peu comme en Allemagne, ou l’AfD a fait baisser les partis traditionnels, et a empêché Angela Merkel de former autre chose qu’une Xième grande coalition. L’Allemagne justement, montre que les grandes coalitions qui sur le court terme, peuvent apparaître comme inspirées par l’esprit de compromis et de concertation, sont en fait des mortes lentes. 
Dans le film d’Ingmar Bergman ( tant qu’à faire de parler de la Suède, évoquons les plus grands !) Le Septième sceau, un chevalier revenant de la guerre rencontre sur son chemin La mort. Avec laquelle il entame une partie d’échecs. Au début, il pense lui tenir tête, mais à la fin : Schack och tråkigt ! Échec et mat ! la mort l’emporte. 

mercredi 5 septembre 2018

Allemagne-manifs racistes: Et si Matteo Salvini balayait devant sa porte.

 
Angela Merkel, tête de turc du ministre italien de l'intérieur.
Matteo Salvini, le Président italien – non pardon, le ministre de l’intérieur, il n’est que ministre de l’intérieur, mais on a l’impression que c’est lui qui dirige l’Italie-  accuse donc en direct live sur la télé allemande la chancelière Merkel d’être responsable des violences anti-étrangers de Chemnitz. 
Selon Salvini, Chemnitz, une ville industrielle, un peu paumée dans le sud-est de l’Allemagne, se réveillerait brusquement raciste, à cause de Merkel et des migrants … Allons donc ! 
Il y a 30 ans, quand la ville s’appelait encore Karl-Marx Stadt, il ne faisait déjà pas bon se promener dans les rues sinistres du centre-ville entre la Tour de l’Interhotel Kongress et le restaurant Sputnik, quand on était quelque peu bronzé ou basané…  A l’époque, les allemands excusaient : Karl-Marx Stadt, c’est la « Tal der Ahnungslosen », la vallée de ceux qui sont ignorants. Parce que la région était un des rares coins de l’ancienne RDA où il n’était pas possible de capter la télévision de l’Ouest. Et qui donc n’était pas au courant de ce qui se passait dans le vaste monde. 
Et puis il y eut Rostock, toujours à l’Est, en 1992. Un foyer de travailleurs vietnamiens ( oui, ni syriens, ni somaliens)attaqué pendant 2 nuits par des casseurs d’extrême-droite, la police dépassée, et des familles vietnamiennes qui n’échappèrent à l’incendie de leur bâtiment que par la présence d’esprit d’une équipe de télévision qui arriva à les exfiltrer. 
Et puis il y eut Solingen en 1993, l’incendie d’un foyer d’immigrés par des extrémistes de droite : 6 morts donc 5 enfants. Quelques jours plus tard, des millions d’allemands étaient dans les rues, souvent en larmes, scandant « Plus jamais ça », et s’inquiétant : Mais qu’est-ce qui ne va pas avec nous les allemands, pourquoi cette violence chez nous ?
Le racisme en Allemagne n’est donc pas un phénomène récent, plus à l’Est d’ailleurs qu’à l’Ouest, et l’accueil d’un million et de demi de migrants en 2 ou 3 ans, n’a pas amélioré la situation. Et aujourd’hui beaucoup ne croient plus dans le « wir schaffen das » » on va y arriver » d’Angela Merkel à propos de leur intégration. 
Mais ce qui différencie les allemands, des autrichiens à coup sûr, des français sans doute, des italiens également, c’est qu’ils ont une conscience historique, une mémoire enseignée depuis les premières classes à l’école, ce que l’on appelle la « Vergangenheitsbewältigung » la confrontation avec l’Histoire. Dans leur grande majorité, ils restent très vigilants et méfiants à l’égard des démagogues et des populistes. Il faut dire aussi qu’avec Hitler et le nazisme, l’Histoire allemande a de quoi faire réfléchir. 
Apparemment en Italie, Matteo Salvini ne tire pas les mêmes leçons à propos du passé fasciste et de Mussolini. 
Or ce qui attend son pays dans les mois qui viennent, est inquiétant.
Pas les migrants - cela fait deux ans que l’Italie n’est plus la porte d’entrée de l’Europe -, ni les « diktats » de Merkel – pauvre Angela, elle vit son mandat de chancelière de trop -, mais l’asphyxie de son économie, la troisième d’Europe. Le poids des dettes, le risque d’effondrement des banques, la baisse de la population : moins 100 000 habitants l’an dernier, le manque de main d’œuvre pour payer retraites et protection sociale. Avec tous ces problèmes à venir, on comprend mieux pourquoi Matteo Salvini attaque les migrants ou l’Allemagne ou la France ou Bruxelles. Il se cherche des têtes de turcs. 

dimanche 8 avril 2018

Chaines info, terrorisme en Allemagne : Errare humanum est, perseverare diabolicum.


Sur Cnews vers 17 heures, c’est la piste terroriste !
Décidément nos media n’apprennent pas de leurs erreurs. Mais le plus diabolique est qu’ils persistent dans l’erreur. Ils ne peuvent résister à l’attraction du « breaking news », à la joie malsaine de l’attaque terroriste, à la répétition en boucle d’approximations, aux logorrhées d’experts auto-proclamés qui jouent avec nos peurs et cultivent nos angoisses. Et donc hier en milieu d’après-midi c’était parti : Nouvelle attaque terroriste en Allemagne. Et immédiatement le piège se refermait sur nous : Dans la demi-heure, nous avions droit à :
- La voiture-bélier est le modus operandi préconisé par Daesh.
- Si l’Allemagne est la cible c’est parce qu’elle a accueilli 1 million et demi de réfugiés.
- Que les loups solitaires ne sont pas si solitaires que ça.
- Que la taqqîya, la dissimulation rend de plus en plus difficile la prévention du passage à l’acte, etc….
Et puis, progressivement alors que la piste terroriste s’éloignait, que la police allemande appelait à la prudence, il fallait voir les mines déconfites des rédactions qui s’étaient préparées pour plusieurs heures de directs anxiogènes.
Finalement, le responsable est un amok, un déséquilibré lancé dans une dérive meurtrière et suicidaire, plus à rapprocher hélas du copilote du vol Germanwings qui en mars 2015 écrasa volontairement son avion avec 150 personnes à bord sur une montagne des Alpes de Haute-Provence. 
Horrible à écrire, mais heureusement qu’il n’était pas d’origine étrangère, ou qu’il ne venait pas de manger un kebab car qu’est-ce qu’on n’aurait pas conclu !
Le plus triste, le plus inquiétant est que malheureusement le terrorisme islamique n’a fini de nous frapper ou de tenter de nous frapper. Et de tels dérapages de nos media n’arrangent pas les choses. Ils contribuent à entretenir chez certains, jeunes et moins jeunes et pas forcément « d’origine étrangère », une fascination morbide pour cette idéologie mortifère qui hait notre société et ses valeurs.
Alors hier soir, et dans l’attente du prochain édito de Zemmour qui nous expliquera que de toute façon c’est la faute à Merkel et que cela ne se serait pas passé au temps de Chateaubriand, il ne nous restait plus qu’à regarder la chaîne franco-allemande ARTE. Et d’être captivé par un improbable documentaire sur Confucius.
Et c’était passionnant, car l’on sait bien que mieux comprendre la Chine c’est comprendre l’avenir du monde, notre avenir. Et cela permettait de conclure cet après-midi calamiteux pour le métier de journaliste avec une des innombrables maximes du philosophe chinois dont on va fêter le 2569 ème anniversaire en septembre prochain : « L'homme sage apprend de ses erreurs, l'homme plus sage encore apprend des erreurs des autres. ». Du coup on se sentait plus sage.

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