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dimanche 10 novembre 2019

BERLIN, le mur : 30 ans déjà : Une fois le mur tombé tout est allé très vite.

Direct depuis la porte de Brandebourg... quelle Histoire !

Par Pierre Thivolet, ancien correspondant de TF1 en Allemagne

Tout est allé très vite. 
Une fois le mur ouvert, tout s’est enchaîné, prenant de court les dirigeants politiques de l’Est comme de l’Ouest jusqu’à la chute du régime communiste, et la réunification.
Début décembre 89, certains pensaient encore qu’il y aurait deux Etats allemands qui se rapprocheraient progressivement. Les militants des droits de l’Homme, plutôt de gauche, qui s’étaient battu contre le régime, notamment autour de pasteurs protestants à Dresde, à Berlin, croyaient que leur pays, la RDA, créerait une troisième voie entre communisme et capitalisme. 
Mais fin décembre, tout était réglé. 
En fait notre société de consommation ne fit qu’une bouchée de la société est-allemande. En caricaturant, c’est le pouvoir d’attraction des bananes – ce fruit symbolisait pour les allemands de l’Est où il était très rare, le luxe et l’opulence - qui a fait tomber le communisme. A tel point que les allemands de l’Ouest se mirent à baptiser l’Allemagne de l’Est « Bananenrepublik » un jeu de mots pas très sympa entre République bananière et République des Bananes. 
Le 19 décembre 89, quand le chancelier Helmut Kohl s’est rendu pour la première fois en RDA, à Dresde, la foule ne scandait plus Wir sind das Volk, mais Wir sind ein Volk. Nous sommes un seul peuple, et : Nous voulons le Deutschmark !
C’est là devant une foule immense au milieu des ruines de l’Eglise Notre-Dame qu’Helmut Kohl et ses conseillers ont réalisé qu’il n’y avait plus qu’un scénario possible : La réunification. 
Berlin-Ouest était jusque là enfermée par ce mur qui non seulement la séparait de Berlin-Est mais également du reste de son arrière pays, le Brandebourg. Le mur passait au milieu des lacs, des rivières, des forêts. Très vite au printemps nous avons pu circuler de plus en plus librement, aller passer le dimanche au bord d’un des innombrables lacs du Mecklembourg, assister à un concert un soir dans les jardins des châteaux de Postdam. Rendre visite à des amis est-allemands dans leur « datcha », un petit chalet sans eau ni électricité, au milieu des pins, qui était un des rares petits luxes de beaucoup d’allemands de l’est, leur jardin secret où ils se retrouvaient en famille ou entre amis très proches .
Au début les garde-frontières nous contrôlaient encore. A partir de l’été, c’est à peine s’ils regardaient nos passeports. 
Et puis ce sont les Audi et Mercédès qui ont remplacé les Trabant.
Et puis les magasins à l’est qui ont commencé à fermer puis à rouvrir sous les couleurs d’enseignes ouest-allemandes,
Et puis ce sont les produits est-allemands qui ont disparu d’un coup , et puis nous nous sommes aperçus que c’est un pays entier qui avait disparu. 
La Pologne, la Hongrie, même la Tchécoslovaquie qui s’est divisée, sont restés des pays. La RDA doit être le seul cas dans l’histoire récente d’un pays qui disparaît totalement. 
30 ans plus tard, je suis bluffé par la manière dont l’Allemagne de l’Est a été transformée. Partout les routes ont été reconstruites, la fibre optique, les éoliennes et le solaire, tous les bâtiments ont été restaurés ou reconstruits superbement. 
Dresde, qui était encore un champ de ruines il y a 30 ans, Weimar, Schwerin, les stations balnéaires de la côte Baltique sont devenues des villes superbes.
Et c’est chaque fois une émotion intense de revenir à Berlin. Se balader Place de Paris devant la porte de Brandebourg qui a retrouvé sa fonction de Porte alors que je l’avais connu isolée au milieu du no man’s land. Se promener le long de la Spree entre la nouvelle chancellerie et le vieil hôpital de la Charité jusqu’à l’île aux musées. A chaque fois, on se pince : Le mur passait là, et ici , et là encore. 
Se promener jusqu’à la grande synagogue de la rue Oranienburg, incendiée par les SA pendant la nuit de cristal de 1938. Un 9 novembre, quelle ironie de l’Histoire. Vergesst es nie. N’oublie jamais est-il inscrit sur la façade. Un peu plus loin toujours dans le vieux Berlin qui se situait côté est, la rue Sophie et cet immeuble laissé détruit et à la place des appartements , des plaques qui rappellent qu’ici habitait telle famille- juive- déportée en 1940, là telle autre, disparue en 1941, avec leurs noms, le nom des enfants.
Partout à Berlin on se heurte à l’Histoire, heureuse comme la chute du mur, tragique comme le nazisme, l’holocauste, la guerre. 
Quand on a partagé ces moments d’Histoire avec les berlinois, avec les allemands, il est difficile de ne pas conserver « einen Koffer in Berlin », une valise à Berlin. Comme le chantait Marlene Dietrich
« J'ai encore une valise à Berlin,
c'est pour ça que j'y retournerai bientôt.
Dans ma petite valise, il y a
toutes les nostalgies des temps passés ».

Et l’on écoute Marlene Dietrich…







samedi 9 novembre 2019

BERLIN, le mur : 30 ans déjà : Le 9 novembre, nul besoin d’être allemand pour être emporté par la joie de la liberté.

Un moment unique de joie partagée
Par Pierre Thivolet, ancien correspondant de TF1 en Allemagne

On le sait maintenant : le 9 novembre, rien ne bougeait à Berlin-Est. Jusqu’à cette fameuse boulette de communication du porte-parole du Parti Communiste, bafouillant que « ce soir, maintenant, les allemands de l’est pourraient voyager librement ». C’était vers 18 h. Sur le coup, rien ne bougea non plus. Les allemands de l’Est attendèrent les JT des chaînes de l’Ouest, que tout le monde à l’Est regardait clandestinement, pour y croire et pour vers 21h, 21h 30 se rendre aux checks-point du mur, munis de leurs papiers. Et là…
Et là, 30 ans plus tard, j’en ai encore la chair de poule, les larmes aux yeux. On a rarement dans une vie de journaliste, dans une vie tout simplement, la chance de vivre de tels moments. 
Un événement historique bien sûr, mais surtout la joie / qu’il était impossible de ne pas partager/ le bonheur d’être libre, un bonheur tout simple et immense à la fois.
C’était beau. 
Il n’y avait pas l’once de nationalisme ou de revanchisme allemand, et dans cette joie, tous pouvaient se sentir inclus, d’où que l’on vienne. 
Rien d’étonnant donc à que le musicien russe exilé Rostropowitsch ait pris le premier avion avec son violoncelle, pour venir jouer du Bach au pied du mur. 
Ni à ce que tant d’anonymes , des étudiants , et même des hommes politiques aient foncé vers Berlin pour venir vivre ces moments-là. 
C’était très beau, ces rires, ces pleurs, ces chants dans la nuit, et les cloches de toutes les églises de Berlin-Ouest qui se mirent à sonner. La liberté n’était plus un mot, un concept, elle devenait devenait concrète . 
Dans les nuits et les jours qui ont suivi, nous n’avons pas touché terre. 
Berlin avait été submergé par des millions de personnes qui voulaient visiter Berlin-Ouest, se balader sur le Ku-Damm, et acheter des « bananes ». Les bananes, ce fruit dont les allemands de l’Est étaient pratiquement privés, leur apparaissaient comme le comble du luxe.  Il fallut d’urgence en importer pour ravitailler les magasins de l’Ouest. 
Un immense bouchon paralysa la ville, il fallut très vite élargir les postes frontières, puis ouvrir des brèches dans le mur, chaque nouvelle ouverture était un événement, jusqu’à la Porte de Brandebourg, quelques semaines plus tard. 
Nous avons travaillé non-stop : Tournage , montage, mixage, et hop ! en selle sur une moto que nous avions louée pour nous rendre en roulant sur les trottoirs, à contre-sens du flot de voitures, à 10 kilomètres du centre de Berlin, à Adlershof, le siège de la télévision est-allemande, d’où nous diffusions vers Paris. 
Tous les réseaux téléphoniques ou satellites étant totalement submergés à l’Ouest, c’était d’ailleurs notre seul moyen de communiquer avec la rédaction. TF1 n’ayant pas prévu au départ, contrairement à Antenne 2 de Christine Ockrent, d’envoyer des moyens techniques supplémentaires, pendant 3 jours, seuls nos reportages et nos directs depuis l’Est arrivaient à Paris. 
Pour TF1 une boulette, certes moins historique que celle de Günter Schabovsky,  mais un « ratage » quand même, un mauvais souvenir qui a été ensuite rapidement mis sous le tapis. 
Un matin, sur notre moto à contre sens, nous avons fait une embardée en essayant d’éviter une voiture, un instant j’ai imaginé un accident, et nous gisant à terre, sans possibilité d’être secourus, car tout était bloqué ; et je me suis dit : « C’est couillon, je vais mourir là dans l’indifférence générale alors que autour de moi c’est l’Histoire qui est en marche ». 
Et puis , il y a eu l’après, 
Helmut Kohl effectuant sa première visite à Dresde, 
François Mitterrand à Berlin, et puis les élections libres, et puis, la réunification, et puis, les premières agressions contre des étrangers et puis… Et puis …je vous le raconterai demain .

Et l’on écoute quelques mesures des « Suites pour violoncelle » de Jean-Sebastien Bach , joué par Rostropowitsch , le 11 novembre au pied du mur…
https://www.dailymotion.com/video/x29e4y2








vendredi 8 novembre 2019

Berlin, le mur, 30 ans. Que se passait-il le 8 novembre 89 ?

Et pendant ce temps-là, le chancelier Helmut Kohl était en Pologne...

Par Pierre Thivolet, ancien correspondant de TF1 en Allemagne

Que se passait-il à Berlin-Est le 8 novembre 1989, 24 heures avant l’ouverture du mur ? 
Rien. 
Correspondant de TF1, nous avions obtenu un visa, officiellement pour « couvrir » les réunions du comité central du Parti communiste qui deux semaines auparavant avait remplacé Erich Honecker par Egon Krenz. Nous avions pris nos quartiers à l’Hôtel Metropol, sur Friedrichstrasse, en plein centre de Berlin-Est. A l’époque le centre de Berlin, côté Est était comme une excroissance dans Berlin-Ouest, une vitrine avec des musées, quelques bâtiments historiques reconstruits, l’ambassade soviétique, immense, faisant presque face à la Porte de Brandebourg, que l’on voyait depuis les barrières, mais qui était en zone interdite, le no man’s land du mur, et puis des ministères et le siège du gouvernement. 
Après 17 heures, il n’y avait plus personne, la vie à Berlin-Est, était plutôt plus au nord, à partir de Prenzlauer Berg, qui avait la réputation d’être un quartier un peu bohême, et où l’on rencontrait des artistes, des écrivains, des militants des droits de l’homme, enfin il n’y en avait pas beaucoup. Quand on commençait à être trop critique, au mieux on était expulsé vers l’ouest, au pire, emprisonné. 
Nous étions donc dans un « palace » selon les normes est-allemandes, en fait une sorte de grande barre de béton, sinistre, où toutes les chambres étaient équipées de micros de la Stasi, la police secrète, et qui nous était imposée par les autorités. Comme nous était imposée la conversion de Deutschmarks en Marks est-allemand, une monnaie sans valeur, non reconvertible. Tout visiteur étranger était considéré comme une vache à devises, alors une équipe de télé…
Nous avions installé notre banc de montage dans une chambre et le sujet de notre reportage portait sur les travailleurs immigrés, pardon invités, vietnamiens. 
Parce que l’Allemagne de l’Est manquait de main d’œuvre et elle commençait à en faire venir des pays « frères » communistes. Des accords d’Etat à Etat, la main d’œuvre très encadrée, était parquée dans des tours HLM à la périphérie des villes. 
Pour ces reportages, nous avions un peu circulé en Allemagne de l’Est, jusqu’à Karl-Marx Stadt - qui a retrouvé aujourd’hui son nom d’avant le communisme - Chemnitz. En flash reviennent ces images d’un pays triste, brouillardeux, dès l’automne et les premiers froids ; un épais voile jaunâtre dû à la pollution du chauffage au lignite, recouvrait tout le pays. Des villes encore marquées par les destructions de la guerre, comme Dresde, capitale de la Saxe, l’ancienne Florence de l’Elbe. En dehors du Zwinger, de l’Opéra, et de l’Eglise du Palais, c’était surtout des plaques de béton et des gravats. Et partout des tuyaux de gaz ou de chauffage parcourant les villes et les villages à 2 mètres au-dessus du sol, des installations industrielles rouillées. 
En fait ce pays présenté comme le bon élève, l’exemple de la réussite économique du bloc communiste, était au bord de la faillite. 
Une faillite qui allait être précipitée par ce qui allait se produire le lendemain. 
Mais le 8 novembre, personne n’en savait rien. Et le soir nous sommes allés dîner - là aussi pas le choix - au restaurant « gastronomique » de l’hôtel. Pour le régime et la chaîne nationale d’hôtels pour étrangers Interhotels, « gastronomique » cela signifiait cher, et avec des plats aux noms français, comme le « vol au vent ». Je ne sais pas pourquoi, mais cela semblait être le comble du bon goût, on le retrouvait  partout, mais on était très loin de top chef. Et puis bien sûr, il y avait une autre fierté du régime, le « Rotkäppchen », le petit chaperon rouge, un mousseux écoeurant. Là aussi on était très loin du champagne. 
C’est donc en traînant des pieds que nous nous sommes rendus le lendemain , 9 novembre, vers 17 heures, à la conférence de presse de Günter Schabowsky, le porte-parole du comité central. Nous avions rendez-vous avec l’Histoire, mais personne, même pas lui, n’était au courant… 

Et l’on écoute la déjantée Nina Hagen, une chanteuse berlinoise de l’Est, exilée à l’Ouest, qui chante Berlin ist dufte, Haupstadt des DDR, presqu’intraduisible pour qui n’est pas berlinois. Allez rocke Nina ! 




jeudi 7 novembre 2019

Berlin, le mur, 30 ans. En attendant, la RDA fête son 40 ème anniversaire.

Et 2 semaines après ce baiser, Honecker était limogé 

 Par Pierre Thivolet, ancien correspondant de TF1 en Allemagne

Ce devait être un bel anniversaire, ce 7 octobre 1989.
Sur l’avenue « Unter den Linden » qui descend depuis la Porte de Brandebourg, les drapeaux rouges flottaient au vent. Les façades étaient habillées d’immenses affiches de propagandes, à la gloire des 40 ans de la République démocratique allemande, l’ « Etat des ouvriers et des paysans », selon l’appellation officielle 
Devant la  Neue Wache où les soldats de l’unité d’élite « Friedrich-Engels » montaient la garde, des tribunes avaient été dressées pour les principaux  dirigeants: 
Erich Honecker, l’inamovible secrétaire général du Parti Socialiste unifié d’Allemagne, le Parti communiste: Visage de cire, lèvres pincées y accueillait les dirigeants des pays frères, dont Gorbatchev , bien sûr. 
Ce devait être un bel anniversaire. Et au début tout avait bien commencé : Les troupes de « l’armée du peuple » avaient défilé dans un ordre impeccable, au pas de l’oie. Puis avait suivi le cortège des FDJ (prononcez : f-d-yot), la « Jeunesse libre allemande », qui embrigadaient tous les jeunes est-allemands. L’actuelle chancelière Angela Merkel en fût elle-même. 
Tout cela au son de l’hymne national de la RDA : « Auferstanden aus Ruinen »« Ressuscité des ruines ». Une très belle musique, composée par Hans Eissler, compagnon de route et de travail de l’écrivain Bertold Brecht. Tous les deux communistes qui avaient fui les nazis étaient rentrés à Berlin-Est après la guerre pour édifier une Allemagne socialiste, pensaient-ils..
Tout se passait bien. Jusqu’à ce que Gorbatchev décide à la surprise générale, devant les caméras qui filmaient en direct, d’être « Gorbi », l’homme de la perestroïka. 
Il sort des tribunes, va saluer les spectateurs qui se mettent à crier : « Gorbi, Gorbi : Hilf uns : Aide nous ! » et  il répond : « Celui qui est en retard est puni par l'Histoire, pour la vie.». Cette petite phrase fait l’effet d’une bombe. Tous les allemands de l’est vont se la répéter. Honecker est fou furieux. Le désaveu soviétique équivaut à un limogeage, et , de fait, ce sera le cas dans les semaines qui suivent. 
Le soir, gala officiel au « Palast der Republik ». Mais sous les fenêtres du siège du gouvernement, des petits groupes de manifestants se sont formés. Et ils scandent les slogans repris depuis quelques semaines: « Wir sind das Volk » « Nous sommes le peuple » et :« Die Mauer muss weg » « Le mur doit tomber ». La Stasi et ses gros bras en civil répriment violemment les manifestants, hurlements, gaz lacrymogènes, explosions ; C’est la première fois qu’une telle manifestation se déroule en plein cœur de Berlin. 

Aujourd’hui, le « Palast der Republik » a été détruit. Difficilement : Il était contaminé à l’amiante. 
Et puis l’ancien château des rois de Prusse sur lequel il avait été bâti, a été reconstruit. Après des années d’hésitations, et avec appel aux dons. Ce château redonne au centre de Berlin de la cohérence. Il a été refait à l’identique. Enfin, presque : Les allemands ne voulaient pas que ce soit un château à la Disney, Berlin ne voulait pas que soit gommée l’Histoire. 
Vergangenheitsbewältigung. La confrontation avec l’Histoire : Cela reste quand même le maître mot de l’éducation et de la politique en Allemagne.

Et l’on écoute quelques notes de l’ancien hymne est-allemand. 

mercredi 6 novembre 2019

Berlin, le mur : 30 ans déjà. En Hongrie, une brèche dans le rideau de fer.

Souvenirs de la fuite vers l'ouest  
En fait quand on y repense c’est en Hongrie que le mur de Berlin a commencé à se fissurer. 
A Hegyeshalom exactement. 
Franchement ce gros village ne vaut pas le détour, si ce n’est que c’est le point de passage entre la Hongrie, et pratiquement se touchant l’Autriche et la Slovaquie. Et que c’est là que le 2 mai 1989, le gouvernement hongrois- pourtant à l’époque toujours communiste - avait décidé de mettre en scène le premier démantèlement du « rideau de fer ». Gros plan sur des militaires découpant les barbelés devant nos caméras avec des pinces monseigneur !
Je me souviens très bien d’une question d’un confrère, Pierre Haski : « Mais que ferez-vous quand des ressortissants d’autres pays de l’Est  voudront passer à l’Ouest ? » Silence gêné des autorités. 
Quelques semaines plus tard, les allemands de l’Est répondaient à cette question : La nouvelle s’était répandue dans toute la RDA : On peut s’enfuir par la Hongrie. Car il était possible aux allemands de l’est de voyager librement dans ce pays-frère. 
D’abord, des dizaines, puis des centaines tentèrent le coup, passant de la Hongrie à l’Autriche, donc à l’Ouest, sans être empêchés par les garde-frontières. 
Jusqu’au 19 août 1989, où un « pique-nique », organisé à la frontière par le parti autrichien paneuropéen d’Otto von Habsbourg s’est transformé en fuite à l’Ouest de milliers de « vacanciers » est-allemands. 
Dans la ruée vers la liberté, ils abandonnaient tout derrière eux. Dans la bousculade, un jeune père, sa femme, sa fille, avec comme seuls bagages, un sac à dos, s’étaient retournés vers nous, une fois à l’Ouest, et dans un grand éclat de rire, nous avaient donné la plaque d’immatriculation « DDR » « République Démocratique Allemande » qu’ils avaient dévissée sur leur Trabant, leur voiture abandonnée. Une plaque que j’ai conservée jusqu’à aujourd’hui.
A Berlin-Est, le gouvernement ne savait plus quoi faire. 
Aujourd’hui, en Hongrie, on réinstalle des barbelés, au sud à la frontière avec la Hongrie, par peur d’une invasion de migrants. 

Et l’on écoute Udo Lindenberg, le chanteur ouest-allemand qui s’était rendu très populaire à l’époque, avec cette chanson plutôt humoristique : « Sonderzug nach Pankow »… « Train spécial pour Pankow »,  la résidence du dirigeant communiste Erich Honecker, au nord de Berlin.


mardi 5 novembre 2019

Berlin, le mur : 30 ans déjà. Tous les Lundi soir c’est manif à Leipzig.

Leipzig , Lundi 9 octobre 1989, devant le Gewandthaus
C’est à Leipzig que le mur de Berlin a commencé à tomber. Avec les «Montagsdemo», les manifs du Lundi soir.
Leipzig. 
En dehors de Berlin, c’est la grande ville d’Allemagne de l’Est. Une capitale économique, commerciale, avec ses foires organisées depuis le Moyen-âge. 
Au coeur de la Saxe, ville de culture aussi avec l’Eglise Saint-Thomas où composa un certain Jean-Sébastien Bach, l’Auerbachs Keller où Goethe situe une scène de son premier Faust et puis à quelques pas de là… la Nikolaiskirche, l’Eglise Saint-Nicolas. Dès avril 1989, nous avions pu y assister à de bien curieux offices. 
Les Lundi à partir de 18 heures, les lectures pastorales laissaient la place à des appels à la Paix, à la non-violence, à la liberté. Pas d’attaques directes contre le régime, mais dans cette église portes ouvertes, il se passait quelque chose. Il fallait être prudent, la Stasi, la police politique, était là en civil, à qui faire confiance ? 
Alors tous les Lundi, en septembre, nous sommes revenus clandestinement. 
Depuis Berlin-Est, 2 heures d’autoroutes, nous fonçions sur la chaussée avec ses plaques en béton, et il fallait repartir dans la soirée, pour repasser avant minuit le « check point Charlie » entre Berlin-Est et Berlin-Ouest …
Et de Lundi en Lundi, ces « Montagsgebete », ces « prières du Lundi », se sont transformées en « Montagsdemo », en « manifs du Lundi », de plus en plus importantes. 
Le Lundi 9 octobre, nous sommes montés au sommet d’un immeuble, et là nous avons pu voir des dizaines de milliers manifestants reprenant les slogans « Keine Gewalt » « pas de violences » « Liberté de voyager » « Ouvrez le mur ».  
Soudain devant la salle de concert du GewandtHaus apparut un colosse barbu « C’est Kurt Masur », dit la foule; le chef d’orchestre mondialement connu, aujourd’hui décédé. Il marchait calmement au-devant des banderoles. Pas de déclarations, sa seule présence était en soi une surprise, lui qui jusque là n’était pas connu pour être critique du régime.  
A Leipzig , de Lundis soir en Lundis soir, le mur s’effritait chaque semaine un peu plus. 
30 ans plus tard, Leipzig a été entièrement rénovée. Elle qui était grise et enfumée attire des foules de touristes. Elle a retrouvé son dynamisme d’antan, c’est même sans doute un des exemples de réussite de la réunification. 
Il y a de nouveau des « Montagsdemo ». Mais elles ne réclament plus l’ouverture des murs, comme en octobre 1989. 
Au contraire, organisées par l’extrême-droite, elles demandent fermeture des frontières et expulsion des étrangers. 

Et l’on écoute un extrait de « Fürchte dich nicht » « Ne crains rien » de Jean-Sébastien Bach, interprété par le chœur de Saint-Thomas de Leipzig… https://youtu.be/kLxJxLh261c

A suivre : Et si tout avait commencé en …Hongrie ?

lundi 4 novembre 2019

Berlin, le mur : 30 ans déjà…Putain, comme le temps passe ! par Pierre Thivolet, ancien correspondant de TF1 en Allemagne

30 ans déjà par Pierre Thivolet, ancien correspondant de TF1 en Allemagne


30 ans déjà : 
J’ai toujours refusé de céder à la tentation de l’ancien combattant : « Tonton, raconte-nous Haïti, le Chili, le mur de Berlin ! ». Mais depuis quelques jours on nous rabâche les oreilles sur le thème : « Il y a 30 ans, dans la nuit du 9 novembre, le mur de Berlin s’est effondré ». 
Ah ! bon ? Vous y étiez ? 
Ce soir-là, le mur ne s’est pas effondré. Dans les rétros que diffusent les télés ou que publient les journaux, l’on mélange allègrement les images: Le démontage du mur, une grue qui enlève une dalle en béton : Tout cela n’a commencé que plusieurs jours voire plusieurs semaines après.
Si ce soir-là, le béton du mur n’est pas tombé, c’est son symbole, celui de la division de l’Europe, de la guerre froide, qui s’est écroulé. Ce qui reste impressionnant, ce sont ces milliers de personnes connues ou inconnues, et pas seulement des allemands, loin de là, qui ont eu le « réflexe Rostropovitch ». Comme le célèbre violoncelliste, tout lâcher, et prendre le premier avion, le premier train, la première voiture pour foncer vers Berlin. 
Certains en ont un peu trop fait, en prétendant avoir été là, le soir où… Ce qui était matériellement impossible : Même le Chancelier Kohl, en voyage officielle en Pologne, n’est arrivé que dans la nuit .
Pourtant, nous n’étions pas nombreux ce soir-là, cet après-midi là, au centre de presse international à Berlin Est. Là où une bévue du porte-parole du comité central du Parti communiste, Günter Schabowski a provoqué ce qui allait suivre. Nous n’étions pas nombreux vers 9 heures du soir dans les rues quasi désertes de Berlin-Est ou devant les check-points d’Invalidenstrasse ou Bernauer strasse. Il y avait Philippe ( Rochot) de France 2, Luc ( de Barochez ) à l’époque pour l’AFP et puis ?... 
Donc, je m’en vais vous narrer ce dont je me souviens, et qui commence quelques mois plus tôt en Hongrie, quelques semaines avant à Leipzig, les Lundis soir autour de l’église Nicolas. 

On écoute Patricia Kaas : D’Allemagne : « De quel côté du mur la frontière vous rassure ? »


A suivre : Rendez-vous à Leipzig pour les montags demo manifs du Lundi.

samedi 24 février 2018

Les 30 ans du JT de Jean-Pierre Pernault et le mur de Berlin.

En direct dans le JT de Jean-Pierre Pernault
Toute le semaine TF1 a fêté les 30 ans du journal de 13 heures présenté par Jean-Pierre Pernault. Après avoir été moqué comme un journal un peu plouc, le succès et la longévité de la formule ont fait taire les critiques. Et beaucoup ont reconnu le mérite de parler de la France de partout et non pas uniquement de Paris.
Mais Jean-Pierre Pernault ne s’intéresse pas uniquement à l’actualité franco-française. Et cela a été rappelé dans une rétrospective diffusée jeudi soir dans le journal de Gilles Bouleau. Les moments forts des 30 ans du journal de 13 heures avec notamment l’ouverture du mur de Berlin.
Et c’est vrai, qu’en raison de la chronologie, le mur ouvrant dans la nuit du jeudi 9 novembre 1989, c’est bien le 13 heures du Vendredi 10 novembre qui a diffusé notre premier reportage réalisé à Berlin-Est où je me trouvais avec mon équipe depuis plusieurs jours.
Mais Jean-Pierre Pernault a fait mieux. A l’époque, la rédaction de TF1 avait peut-être un peu sous-estimé l’importance de ce qui était en train de se passer. Même si Patrick Poivre d’Arvor a toujours été intéressé et prompt à réagir à l’actualité internationale, et aux propositions remontées par les correspondants à l’étranger, ce week-end là TF1 était passée à côté de l’Histoire. En raison de l’encombrement des liaisons satellites traditionnelles, aucun sujet envoyé par les équipes dépêchées à Berlin-Ouest n’arrivait à temps à Paris. Les seuls reportages qui parvenaient à être transmis régulièrement étaient les nôtres diffusés depuis la télévision est-allemande à Adlershof.
Le samedi soir, alors que nous nous trouvions dans la régie de la télévision de Berlin-Est, la technique à Paris me fait partager l’ambiance à la rédaction : « Patrick Lelay vient d’arriver. Il hurle. Il veut tous nous virer. Certains pleurent ». « Mais qu’est-ce qui se passe ? » « Le ratage depuis Berlin-Ouest. L’émission spéciale programmée pour le samedi 13 heures annulée ».  J’explique que nous pourrions peut-être tenter un coup depuis Berlin-Est. On me passe Patrick Lelay. Il m’écoute en silence. Je lui explique que nous avons de bonnes relations avec les dirigeants et les équipes de la télévision est-allemande et qu’ils ont les moyens d’organiser un direct depuis le mur, côté Est. Mais que ça va coûter de l’argent et en devises de l’Ouest. Réponse immédiate « Carte blanche ». Dans la nuit nous négocions avec la télévision est-allemande. Et le Lundi 13 novembre dans le journal de Jean-Pierre Pernault, nous réalisons le premier direct debout sur le mur côté Est, donc inaccessible aux journalistes de l’Ouest, devant la Porte de Brandebourg. Il m’avait semblé à l’époque que Jean-Pierre était ravi que ce premier direct se déroule dans son journal. Pour toute notre équipe à Berlin ce fût également un moment inoubliable. Et en ce qui me concerne je me souviens qu’à quelques secondes près, j’ai évité une chute spectaculaire. Pas celle du mur, mais la mienne, du mur. En effet, pendant le direct je me déplaçais en reculant sur le mur qui était très étroit. Juste après avoir rendu l’antenne, en baissant les yeux, j’ai découvert que deux de mes collaborateurs étaient accroupis, près à m’attraper les pieds, je n’étais qu’à quelques millimètres du vide. Une question de plus de Jean-Pierre et je basculais !
Bravo pour ces 30 ans de JT, Jean-Pierre.  



jeudi 22 décembre 2016

Tunis, nid de terroristes ?


Sous les plages désertées, les terroristes ?
Mais qu’est-ce que nous avons raté avec la Tunisie ? Souvenez-vous: C’était il n’y a pas si longtemps. La Tunisie était LE pays sympa de la Méditerranée, LE pays modèle du Maghreb, du monde arabe.
Bien sûr il y avait la dictature: Ben Ali, « premier flic » de Tunisie, devenu Président à vie. Bien sûr, il y avait bien eu cet attentat contre la synagogue de la Ghribha à Djerba en 2002.
Bien sûr… Mais malgré tout, tout le monde vantait les qualités de la société tunisienne, sa tolérance, son ouverture, comme une exception vertueuse.
Et on l’avançait des tas d’explications: L’hospitalité ? Une tradition depuis 2000 ans, depuis Carthage, Kairouan, la situation géographique du pays, comme une passerelle jetée en direction de la Sicile, Tunis cosmopolite ouverte aux communautés italiennes ou juives, les vertus de la Constitution voulue par Bourguiba, le père de l’indépendance tunisienne, avec un statut des femmes proche de celui existant dans les pays occidentaux, l’accent mis sur scolarisation. Et cela faisait plaisir de voir ces ribambelles d’enfants, sur les routes même dans les campagnes les plus pauvres, se rendre à l’école tôt le matin, en uniforme. On vantait les résultats d’une scolarisation de qualité en deux langues, qui donnaient l’impression que beaucoup de tunisiens étaient à l’aise entre deux cultures, maîtrisant aussi bien l’arabe classique que le français.
Aujourd’hui la Tunisie est pointée du doigt comme LE pays pourvoyeur d’islamistes fanatiques. Il y aurait plus de 7000 tunisiens partis se battre avec Daesh, le plus fort contingent. Sans compter, le suspect de l'attentat de Berlin. Et de la même  manière qu’il y a quelques années on expliquait la tolérance de la société tunisienne, aujourd’hui on en souligne les fragilités. En vrac: Les inégalités, les frustrations d’une jeunesse au chômage, l’accouchement difficile de la démocratie qui a commencé par libérer tous les islamistes, parce qu’ils étaient présentés au début comme des victimes de la dictature, 500 kilomètres de frontières incontrolables avec la Libye.
Certes, mais ne restent-ils vraiment rien de la Tunisie d’avant ? Où sont passés ces millions de tunisiens des classes moyennes, ces femmes qui se veulent libres et égales et non pas enfermées sous une burkha ? Si l’on tend bien l’oreille, ils et elles se battent tous les jours pour éviter que leur nouvelle Constitution ne bascule du côté de l’intégrisme, ils et elles se battent tous les jours pour défendre une presse libre, pour essayer de relancer les hôtels, les commerces, les usines. Il y aurait une légère reprise du tourisme, même si l’on est loin des 7 millions de touristes d’avant 2011. Aider la Tunisie à s’en sortir, ne serait-ce pas là que se gagnerait la lutte contre le terrorisme ?
Nous vivons une e-poque formidable.

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