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lundi 21 octobre 2019

Brexit, Catalogne: Respecter la volonté des peuples.

Respecter la volonté du peuple: Mais que veut le peuple ? Et c'est qui le peuple ? 
Les peuples sont de retour. Il faut respecter la volonté populaire.
C’est ce que l’on entend partout.
Il y a 3 ans, les britanniques ont voté. Un Oui au Brexit à 52 % des suffrages exprimés. Ce n’est pas une majorité des électeurs, mais c’est la majorité. Donc on respecte. Mais jusqu’à quand ? Qui a décidé que le peuple n'avait pas le droit de changer d’avis ? Faut-il organiser un référendum pour décider pendant combien de temps il n’est pas possible de changer d’avis ? Et puis ensuite à qui le tour ? L’Ecosse ? L’Irlande du Nord ? Des siècles de Royaume-Uni que l’on désunit en quelques mois.
C’est comme en Catalogne. Les nationalistes catalans décrivent leur situation comme pire qu’au moment de la dictature de Franco, et leur culture comme écrasée par Madrid. Mais à Barcelone aujourd’hui, on peine à trouver des inscriptions officielles en espagnol. Tout est en catalan, unilingue. Les enfants sont scolarisés uniquement en catalan. Les sondages semblent montrer qu’il n’y a pas une majorité pour l’indépendance. Mais il est devenu pratiquement impossible d’exprimer des opinions anti-indépendantistes. Partout ces injonctions :« Parla catalá !». 
Il y a 500 ans l’Espagne moderne était née de l’alliance entre la Castille et l’Aragon, et elle n’a jamais existé sans Catalogne. Mais qui va pouvoir empêcher que l’Espagne ne se délite si le désir de vivre ensemble disparaît.
Aujourd’hui, partout en Europe, ce qui nous différencie nous semble plus important que ce qui nous unit. Nous ne voulons plus payer pour nos voisins : la Catalogne pour l’Andalousie, la Lombardie pour la Campanie, bientôt pourquoi pas l’île de France pour le Limousin ou la Corse. 
Retour 1000 ans en arrière où l’on vivait entre soi, entre villages d’une même vallée et où l’étranger commençait derrière la montagne. 
Et pendant ce temps-là, les milliards de chinois, indiens, américains et russes se frottent les mains de nous voir si désunis. 

vendredi 6 octobre 2017

Catalogne : Le jour où les slovaques ont divorcé des tchèques.

Hável-Mečiar: Divorce de velours pour l'indépendance slovaque

C’était en juillet 1992.
Depuis à peine 3 ans, la Tchécoslovaquie s’est libérée de l’occupation soviétique, a retrouvé la démocratie, s’est transformée en fédération tchèque et slovaque et a élu un Président, le charismatique Václav Havel, écrivain, homme de théâtre, militant des droits de l’homme, moult fois emprisonné pour ses convictions démocratiques.
Havel se rend à Bratislava pour ce qui sera son dernier voyage officiel dans la capitale de la Slovaquie. En juin 1992, les élections ont porté au pouvoir en Tchéquie, le parti conservateur de Václav Klaus, en Slovaquie le parti populaire de Vladimir Mečiar, l’ancien dirigeant du parti communiste local. Majoritaire au Parlement slovaque mais avec seulement 35 % des suffrages, il pousse pour l’indépendance. Avec son voyage, Václav Havel tente de convaincre qu’il y a plus de points communs que de différences entre les tchèques et les slovaques, ces slaves de mêmes origines qui parlent presque la même langue, mais les uns ayant été occupés pendant 400 ans par les autrichiens et les allemands, les autres par les hongrois. Ils partagent souvent les mêmes héros: Comme Dubček , le père malheureux du Printemps de Prague de 1968, réprimé par les chars soviétiques, qui était slovaque. Et pendant la seconde guerre mondiale, les nazis pour dépecer la Tchécoslovaquie, avaient créé un Etat fantoche fasciste en Slovaquie.
Frustration à l’égard de Prague qui attire tous les regards au détriment de Bratislava ? Volonté de pouvoir de Vladimir Mečiar ? Le pacifiste et humaniste Havel n’arrivera pas a éviter le divorce. Ce jour-là des manifestants indépendantistes très manipulés le conspuent, bousculent un peu sa voiture dans les rues de Bratislava. Il remonte au château qui domine la ville et qui est la résidence présidentielle quand il vient en Slovaquie. Fatigué, désabusé, il nous confiera : « C’est fini, nous allons nous séparer. Oh! ce sera sans violence, il n’y a pas de haine, que du regret » « Et il ajoutera : « Vous feriez mieux de vous intéresser à ce qui se passe de l’autre côté de la frontière, en Yougoslavie. Là-bas cela va être dramatique ». A l’époque l’ambassadeur de France à Belgrade expliquait que si la Yougoslavie devait éclater de quelque chose, ce serait de rire.
Quelques jours plus tard, le 17 juillet, l’Assemblée slovaque vote une déclaration sur l’indépendance. Vačlav Havel démissionne. Le 1er janvier 1993, sans référendum, la Slovaquie devient indépendante.
A l’époque on la voyait mal partie, toute seule, séparée de la plus riche et plus peuplée Tchéquie. Et puis non, finalement. Des deux pays, c’est elle qui s’en est le mieux sortie, profitant habilement de sa proximité avec la très dynamique Autriche. A peine 70 kilomètres entre Vienne et Bratislava. A Prague au contraire, des gouvernements médiocres ont déçu les tchèques.
Une indépendance sans violence donc, on l’a appelée le « divorce de velours », qui n’a pas conduit à la catastrophe. Mais était-ce si stupide que cela de faire vivre ensemble les slaves d’Europe centrale ?

L’Espagne n’est pas la Tchécoslovaquie, la Catalogne n’est pas la Slovaquie, le Président du gouvernement Mariano Rajoy n’est pas - loin s’en faut - Václav Havel. En revanche à Barcelone, le Président catalan semble partager la même détermination que Vladimir Mečiar en 1992.

mercredi 4 octobre 2017

Espagne-Catalogne: D’un discours royal, l’autre

Guernica de Picasso à Madrid: Valencien? Catalan ? espagnol ?
En Espagne, on s’en souvient comme du 23F. Le 23 Février 1981, un groupe de militaires prend en otages les députés réunis aux Cortés. Leur chef Antonio Tejero veut renverser la toute jeune démocratie espagnole.
Après la mort du dictateur Franco en 1975, Juan-Carlos avait été officiellement couronné roi. Mais en quelques mois, à la surprise générale, il va permettre le changement de régime, des élections libres, la reconnaissance des autonomies. Ce soir-là, à la télévision et à la radio, lui, le roi, chef des armées s’adresse aux militaires et leur ordonne de rentrer dans les casernes. Ce soir-là incontestablement, il sauve la démocratie.
La légitimité de la Monarchie espagnole vient de là. Même si les anglais ont coupé la tête de leur roi, bien avant les français, 400 ans de monarchie ont créé des liens étroits entre l’identité de la Grande-Bretagne et la Monarchie. En Espagne, ce n’est pas le cas. En 1931, les espagnols avaient proclamé la République. Puis après une guerre civile épouvantable, Franco avait certes rétabli la royauté, mais sans roi, le grand-père du roi actuel, Comte de Barcelone d'ailleurs, ayant préféré l’opposition et l’exil à la dictature.
Mais depuis le 23F, les générations ont changé. Beaucoup d’espagnols, et en premier les catalans, ne se sentent plus liés par ce passé tragique.
Aussi le discours du roi Philippe hier ne sera-t-il pas le pendant du discours de son père il y a 36 ans. On voit mal aujourd’hui qui pourrait sauver l’Espagne.
C’est un peu triste. Et inquiétant bien en-deça des Pyrénées. L’heure semble être à l’égoïsme sacré, Barcelone ne veut plus payer pour Séville, Milan pour la Sicile, Paris pour la Corse ou l’Outre-Mer, Berlin pour la Grèce, et pourquoi devrais-je payer des impôts pour entretenir des chômeurs ? Comme aux Etats-Unis où les électeurs de Trump ont voté pour moins d’Etat fédéral.

C’est quoi vivre ensemble ?

vendredi 29 septembre 2017

Divorce à la catalane : L’Europe va-t-elle se fracasser à Barcelone ?

Adieu l'Espagne, Fin de l'Europe ? 
Quand on aime l’Espagne ET la Catalogne, on ne peut être que déchiré, consterné et triste par la le référendum organisé Dimanche par Barcelone.
Le résultat est connu d’avance. Ce sera Oui. Evidemment puisque ceux qui sont contre l’indépendance n’iront pas voter alors qu’ils sont sans doute majoritaires.
Et le gouvernement catalan l’a déjà annoncé : Quelque soit la participation, il proclamera l’indépendance.
Dans ce divorce, tout a mal tourné.
A Barcelone gouverne une coalition hétéroclite rassemblant : Des ultra gauches qui sont de toute façon contre tout, des dirigeants traînant pas mal de casseroles et d’affaires de corruption et qui voient dans cette fuite vers l’indépendance un moyen d’échapper à la justice, des nationalistes qui considèrent que pour rétablir la culture catalane à sa juste place, il faut forcément passer par un rééquilibrage: Imposer, comme c’est déjà le cas aujourd’hui, le catalan comme seule langue dans l’éducation, comme seule langue d’affichage dans les rues - Tous les panneaux bilingues ont été enlevées des rues de Barcelone, jusqu’à l’aéroport où l’espagnol « castillan » vient en 3 ème position derrière l’anglais.
A Madrid, malheureusement, la situation politique est la pire pour gérer cette crise: Le gouvernement de droite ne doit sa survie qu’aux divisions de l’opposition, les insoumis espagnols détestant autant le Parti socialiste que le parti conservateur. Quant à Mariano Rajoy, le Président du gouvernement, il manque de charisme, de crédibilité, son parti et lui-même étant régulièrement éclaboussés par des affaires de corruption.
Les nationalistes catalans estiment que la Catalogne a été conquise par l’Espagne. Mais historiquement l’Espagne a-t-elle jamais existé sans la Catalogne ? C’est bien l’alliance entre Isabelle de Castille et Ferdinand d’Aragon, comte de Barcelone, qui a fondé l’Espagne moderne il y a 500 ans. L’Espagne sans la Catalogne n’existe pas. Ou alors la France sans l’Occitanie, la Bretagne, le Pays Basque, la Savoie, la Corse bien sûr. Et l’Italie ? Et la Belgique ? Et, et...
Il est dommage qu’à la Sorbonne, Emmanuel Macron ait sauté par dessus cette question dans ces propositions pour l’Europe de demain. Bien sûr la France est mal placée pour dire quoique ce soit aux espagnols: Historiquement nos initiatives ont toujours été catastrophiques: Depuis Napoléon jusqu’à la politique de neutralité du gouvernement Blum pendant la guerre civile espagnole.
Mais aider les espagnols à éviter un divorce qui casserait la vaisselle et les meubles jusqu’à Bruxelles, c’est cela l’urgence européenne. Cela permettrait de définir ce qu’est l’Union européenne: Une prison des peuples ou bien une volonté de vivre ensemble. Pourquoi devrions nous vivre ensemble alors que les espagnols n’y arriveraient pas ? A cette question, Emmanuel Macron n’a pas répondu et c’est pourtant La question qui sous-tend la construction européenne.
   

lundi 21 août 2017

No tinc por ou bien no tengo miedo : Après les hommages retour aux divisions espagnoles.

Dernière image d'unité avant l'éclatement de l'Espagne ? 

Après les attentats de Barcelone, un cri a été repris par tous, le même qu’à Nice, Manchester ou Paris: Je n’ai pas peur. Notre unanimité est la réponse aux actes criminels des terroristes islamistes.
Unecimage d’unité renforcée par la présence du roi d’Espagne, du premier ministre espagnol et du Président du gouvernement catalan, côte à côte au cours des hommages aux victimes.
Malheureusement, les tensions entre Madrid et Barcelone sont très vite réapparues. Certains commencent à opposer le « No tinc por », je n’ai pas peur en catalan, au «no tengo miedo » en castillan.
Joaquim Forn, conseiller  - ministre - à l’intérieur du « Govern » de Catalogne a choqué le reste de l’Espagne en faisant la distinction dans la liste des victimes entre 2 victimes « catalanes » et 2 victimes de « nationalité espagnole ».
La CUP, un parti nationaliste radical, membre de la coalition indépendantiste au pouvoir, a même refusé de participer aux hommages aux victimes parce que le roi d’Espagne et le Premier ministre espagnol y assistaient.
Depuis le rétablissement de la démocratie, après 60 ans de la dictature de Franco qui avait interdit le catalan, le basque, le galicien au seul profit du castillan - ce que nous appelons l’espagnol - les régions espagnoles bénéficient d’une large autonomie, constamment amplifiée pour le Pays Basque et la Catalogne.
Dans ces deux « communautés », la police notamment est autonome, Ertzaintza au Pays Basque, mozos de escuadra en Catalogne. En Catalogne, tout ce qui rappelle l’Espagne est progressivement gommé : Scolarisation dès le primaire en catalan uniquement; Affichage unilingue partout. Même à l’aéroport international les inscriptions en anglais sont installées avant celles en espagnol. Pour les nationalistes catalans, il s’agit de compenser par une discrimination positive plusieurs siècles d’oppression culturelle.
A Barcelone, les symboles de l’Etat espagnol sont progressivement retirés. La statue du roi Juan Carlos a été enlevée de la salle des Actes de la Mairie, qui refuse d’y accrocher le portrait officiel du chef de l’Etat, le roi Felipe.
La dernière étape est l’indépendance. Le gouvernement autonome compte organiser un référendum sur cette question le 1 er octobre prochain. Pour Madrid c’est un référendum illégal, non prévu par la constitution.
Un référendum qui est un piège. Y participer, c’est donner raison à ceux qui veulent l’organiser, donc aux indépendantistes. Ne pas y participer c’est laisser la porte ouverte au oui à l’indépendance. Dans un récent sondage, une majorité de catalans se dit hostile à l’indépendance. Mais si les unionistes ne vont pas voter, les indépendantistes l’emporteront.
Sur le registre des condoléances ouvert à Barcelone, le roi Felipe a signé avec un de ses titres: Comte de Barcelone. Il voulait ainsi rappeler symboliquement que l’Espagne n’a jamais existé sans Catalogne, et qu’elle été formée par l’union de Blanche de Castille et de Ferdinand d’Aragon, comte de Barcelone, en...1469 avant même la "découverte" de l’Amérique et la chute du dernier royaume maure de Grenade.




dimanche 20 août 2017

Attentats: Et pourquoi la Tour Eiffel n’est jamais éclairée aux couleurs de l’Afrique ?

La Tour Eiffel aux couleurs de l'Afrique: Non, c'est un  fake !

A chaque attentat qui endeuille notre pays ou les pays amis, la mairie de Paris éteint la Tour Eiffel, ou l’allume aux couleurs du pays concerné. Et malheureusement tout dernièrement aux couleurs de l’Espagne et de Barcelone endeuillées.
La Tour Eiffel étant devenue un symbole de la France, c’est un message de solidarité qui est ainsi envoyé en une image dans le monde entier.
Mais on peut s’interroger sur les choix de non-éclairages.
Quelques jours avant l’horreur de Barcelone et ses 13 morts, un attentat a fait 19 morts à Ouagadougou, Burkina Fasso. Au même moment, 3 attentats suicide au Nigeria: 28 morts. Et il en est ainsi chaque semaine au Cameroun, au Tchad, au Niger. Depuis 2009, la guerre menée par Boko Haram a fait 20 000 morts, oui 20 000 morts ! dont 2000 au Cameroun. Sans compter les personnes dites « déplacées »: 2,6 millions.
Alors bien sûr, on peut appliquer la « loi » morts/kilomètres - c’est un raccourci utilisé dans les écoles de journalisme pour mettre en évidence que nous sommes plus sensibles à ce qui se passe près de chez nous et que donc 1 mort chez nous « pèse » autant que 1000 morts à 1000 kilomètres. Sauf que ça ce n’est qu’un raccourci, une caricature. Et que c’était avant, avant que l’explosion des communications, des transports, d’internet ne nous fasse comprendre que nous sommes tous sur le même bateau. Le battement d’aile d’un papillon à Hong Kong peut faire chuter la bourse à New York et ruiner des épargnants à Paris.
Et là en l’occurrence, ce n’est un papillon qui bat des ailes, ce sont des assassins fanatiques qui au nom de la même idéologie islamiste, enlèvent, violent, tuent, massacrent, et ces morts là-bas annoncent d’autres morts chez nous.
Anne Hidalgo serait bien inspirée d’éclairer la Tour Eiffel aux couleurs du Burkina, du Cameroun ou du Nigeria. Cela montrerait que nous éprouvons autant de chagrin et de compassion pour les morts de Ouagadougou que pour ceux des ramblas. Cela montrerait aussi que nous avons bien compris que nos intérêts sont liés. Et que la guerre contre le terrorisme passe aussi, d’abord ( ?) par l’Afrique.


jeudi 1 septembre 2016

L’Espagne sans gouvernement: Dernier Tango à Madrid


Qui veut m'épouser ? L'impopularité de Mariano Rajoy n'aide pas à sortir l'Espagne de l'impasse
Caramba, encore raté. Ratée la formation d’un gouvernement en Espagne. Même si les élections du 26 juin dernier ont placé le Parti Populaire en tête, et largement, il lui a manqué 6 voix au Parlement pour obtenir la majorité.  Mariano Rajoy, le Président sortant du gouvernement a beau avoir fini par accepter les conditions, notamment la lutte contre la corruption, du nouveau parti centriste « Ciudadanos », il a beau avoir passé un accord avec le petit parti nationaliste des îles Canaries, c’est raté. Il faut dire que sa personnalité, très impopulaire, n’aide pas à dénouer la situation. Et, sauf intervention divine, on voit mal comment les espagnols éviteront de nouvelles élections, les 3 èmes en un an, et en plus pour Noël, rien que ça !
Les espagnols en ont plutôt marre. Désabusés, et non plus indignés.
Il y a deux ans encore, nous nous pâmions tous devant ce mouvement citoyen, cet exemple de démocratie participative, los « indignados » qui depuis la Plaza de Mayo à Madrid allaient révolutionner la démocratie, faire « bouger les lignes ». Deux élections plus tard, en Espagne on en est où ? Nul part. A force d’être sans concession avec le système, le système est bloqué. A force de croire que l’on réinventera la démocratie parce que vos parents ont été trop cons pour le faire, on fait le jeu des extrêmes et des populistes de tout bord. Et en Espagne, ils ne s’appellent pas Front national, mais partis nationalistes catalans ou basques.
En fait ce n’est pas nouveau. Et cela pendait au nez d’un système électoral à la proportionnelle qui a donné un poids de plus en plus important aux petits partis, sans lesquels pas de majorité possible à Madrid. C’est le paradoxe de la démocratie espagnole. Il y a 40 ans, elle redonnait libertés et – larges – autonomies aux provinces. Aujourd’hui c’est contre elle que se retournent les nationalistes, négociant d’élections en élections leurs soutiens au coalition gouvernementale contre toujours plus d’autonomie.
En apparence, leurs revendications sont fondées, justifiées, aussi belles que celles des « indignés ». Et aujourd’hui, au Pays basque, la police est basque, béret compris, les impôts sont prélevés par le gouvernement basque, tout est écrit en basque, de même qu’en Catalogne, tout est écrit en catalan. Les panneaux de circulation en « castillan » (en espagnol) ont été éliminés, parfois même jusqu’à l’absurde. L’argument des nationalistes est qu’il faut compenser la longue domination du « castillan », pour redonner une chance à des vieilles cultures longtemps opprimées… Mais derrière ces « Parla Catala » ou « Euskal Herria », il y a aussi un  doigt, allez même plusieurs doigts d’égoïsme local. « Y’en a marre de payer pour ces paresseux d’andalous  et ces fonctionnaires de Madrid » entend-on souvent à Figueras ou à Durango ; Un peu comme en Italie on entend, « Y’en marre de payer pour ces paresseux de napolitains », ou en Flandres « Y’en a marre de payer pour ces assistés de wallons ».
Or la richesse de la Catalogne ou du Pays Basque s’est construite en grande partie sur l’exploitation d’une main d’œuvre bon marché, « immigrée » du sud de l’Espagne pour venir travailler dans les usines de Barcelone ou de Bilbao. Leurs entreprises profitent aussi d’un marché de 40 millions de consommateurs espagnols.
Et puis historiquement, que serait l’Espagne moderne sans ces provinces du nord, d’où est partie la « reconquête » il y a cinq cents ans ? Les fameux rois catholiques, Isabelle et Ferdinand, n’étaient-ils pas l’alliance entre la Castille avec l’Aragon, province dont faisait partie la Catalogne. Détricoter l’Espagne serait vraiment une bien mauvaise nouvelle…
La bonne nouvelle, c’est que l’économie espagnole va bien, avec une vraie reprise et un taux de croissance à nous faire pâlir d’envie. Même sans gouvernement. Ou bien est-ce  grâce à l’absence de gouvernement ?
Nous visons une e-poque formidable.

lundi 28 septembre 2015

#Catalogne indépendante: Le pire n’est jamais certain

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Isabelle de Castille épouse Ferdinand, roi d'Aragon, comte de Barcelone

C’était fin 1992, à Bratislava.
Vaclav Havel, le Président de ce qui était encore la Tchéco-slovaquie effectuait sa dernière et ultime visite pour tenter d’empêcher la scission du pays.
Fin 1989, la « Révolution de velours »avait mis fin à 40 ans de dictature communiste, et l’avenir semblait radieux pour le pays qui se transforma en « République fédérale tchèque et slovaque ».
Mais, deux ans plus tard, le parti d’un ancien responsable communiste Vladimir Meciar arrive en tête des élections régionales. Certes il n’a pas la majorité des voix,  mais avec 35 % des suffrages, il peut gouverner. Il décide de demander et de proclamer l’indépendance. Sans référendum, qu’il aurait sans doute perdu.
De la part de Meciar, il y a sans doute plus de calculs politiques personnels qu’une vraie revendication nationaliste: Il n’apprécie guère le changement venu de Prague, et puis ne vaut-il pas mieux être le premier à Bratislava que le second à Prague. On sait cela depuis les romains !
Vaclav Havel eut beau rappeler que ce qui séparait slovaques et tchèques était moins important que ce qui les rapprochait. Au conseil des ministres du gouvernement fédéral  à Prague, chacun parlait sa langue et tout le monde se comprenait. Et il ne servit à rien de rappeler que le général Stefanik, co-fondateur de la Tchécoslovaquie était slovaque. Comme Dubcek, le héros du bref Printemps de Prague, en 1968.
Vladimir Meciar joua la carte de la dignité nationale slovaque outragée, de l’insupportable tutelle tchèque et de l’arrogance de Prague.
Ce soir-là, dans sa voiture qui le ramenait au château qui était encore la résidence officielle du Président fédéral à Bratislava, Vaclav Havel était fatigué. Son cortège venait une nouvelle fois d’être arrêté par des manifestants agressifs et violents, il avait une nouvelle fois tenté de discuter, de dialoguer, mais en vain. Remontant dans sa voiture, alors que le soir tombait, il nous dit d’une voix lasse ; « Voilà, nous allons nous séparer. C’est idiot, nous avons tellement de choses en commun. Mais que faire ? Nous n’allons pas nous battre. Le divorce se fera à l’amiable mais avec tristesse. Vous feriez mieux de vous inquiéter de ce qui va se passer en Yougoslavie. Là l’explosion risque d’être violente »
Quelques mois plus tard, le 1er janvier 1993, la Slovaquie devenait indépendante. Et pour la Yougoslavie, on sait à quel point Vaclav Havel avait vu juste.
Et aujourd’hui ? Eh ! bien contre toute prévision, la petite Slovaquie, moins riche, moins « attractive » a priori que la riche « Tchéquie » et sa belle capitale, Prague, est un modèle de réussite avec une économie florissante. A  l’opposé, la Tchéquie semble stagner.
Finalement le pire ne s’est pas produit pour la Slovaquie.
Il y a beaucoup de similitudes, même si comparaison n’est pas raison, avec la situation actuelle en Catalogne. Avec notamment un courant indépendantiste qui mélange de réelles revendications culturelles avec beaucoup d’opportunisme et de calculs politiques, ainsi qu’une dose de populisme et d’égoïsme, voire même de xénophobie.
La Catalogne a déjà obtenu une très large autonomie. Depuis 30 ans pour donner une majorité aux Cortes de Madrid, il faut souvent l’appui des députés de la Catalogne et/ou du Pays Basque, qui donc à chaque fois, ont monnayé leur appui contre plus de pouvoirs autonomes.
Sur le plan linguistique par exemple, le gouvernement catalan mène ce qu’il appelle la politique « d’immersion linguistique » qui impose le catalan comme seule langue d’enseignement, cela même si vos parents ne sont pas catalans, ce qui est le cas d’un quart des habitants de Catalogne. Pour les nationalistes, il s’agit de « corriger positivement une situation historique d’inégalité face au castillan ». Un résultat qui conduit à des situations parfois absurdes où des enfants de familles originaires du reste de l’Espagne n’ont pas le droit à des cours de remise à niveau en « Castillan », ce que nous appelons nous, « l’espagnol ».
En fait se manifeste aussi parmi ces votes indépendantistes catalans ce même égoïsme que l’on retrouve  chez certains italiens du nord, ou certains flamands : « Nous sommes la province la plus riche, nous ne voulons pas payer pour les autres ».
En oubliant un peu vite , que les industriels catalans, ceux qui ont leur loges de « socios » au Barça, et qui vont fumer le cigare dans des clubs aussi sélects qu’à Londres, ont été bien contents pendant des décennies d’exploiter une main d’œuvre bon marché venue d’Andalousie ou d’Estrémadure. Comment calculer ce que la richesse de la Catalogne doit au reste des espagnols ?
Et puis comment démêler la Catalogne du reste de l’Espagne, alors que l’Espagne moderne est justement née d’une reconquête venue des provinces du nord, Pays Basque, Asturies, Navarre, Aragon, et Catalogne. Ce sont les comtes de Barcelone qui sont devenus Rois d’Aragon, il y a près de 1000 ans. Et c’est bien l’alliance entre ce Royaume d’Aragon, comprenant le comté de Barcelone, avec le royaume de Castille qui a fondé l’Espagne moderne il y a 500 ans. Le symbole de cette Espagne moderne en étant ces fameux « Rois catholiques »: Isabelle de Castille et Ferdinand d’Aragon.
Comment démêler les fils d’une culture catalane qui s’exprime aussi en castillan ? Jeter aux orties ce bilinguisme de fait, avec ces journaux comme la Vanguardia, le grand quotidien  de Barcelone ? Avec ces intellectuels, ces écrivains.
Faudra-t-il que Manuel Vazquez Montalban réécrive ses romans  en catalan pour donner plus de catalanité à son héros Pepe Carvalho * ? Ils sont encore nombreux, même s’ils ne sont pas les plus bruyants, à apprécier leur double culture, à apprécier le fait de partager une langue mondiale, le castillan – espagnol, et d’exprimer la crainte qu’à l’avenir la Catalogne ne s’enferme dans une« cultureta », une petite culture refermée sur elle-même.
Mais comme en Slovaquie, peut-être que le divorce catalan ne se fera pas, ou s’il se fait, qu’il ne sera pas une catastrophe. Mais ce sera quand même triste pour tous ceux qui aiment l’Espagne, avec ses  diversités, ses variantes, ses contradictions.
Et ce n’est certainement pas un bon signal pour l’Europe, dont l’un des principes avaient été justement de surmonter les petits égoïsmes nationaux pour le bien commun. La solidarité, n’est-ce pas cela qui cimente notre « vivre ensemble « ?
Nous vivons une e-poque formidable.

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*Pepe Carvalho est un personnage de fiction créé par l'écrivain Manuel Vázquez Montalbán. Ancien policier, après une vie politique assez tourmentée, il devient détective privé à Barcelone. Et ses enquêtes sont ponctuées par des pauses gastronomiques, où il se mijote des recettes catalanes avec ses copains des quartiers populaires de Barcelone. Plus catalan que lui, tu meurs, et pourtant, c’est écrit et décrit en langue castillane.

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